Franck Niccoletti

Galerie MÉOUNES ANTIQUITÉS – Console Régence attribuée à Bernard Honoré Turreau

Présentée par Franck Niccoletti, de Méounes Antiquités, cette console Régence attribuée à Bernard Honoré Turreau, dit « Toro », condense à elle seule l’audace ornementale et la virtuosité sculpturale du début du XVIIIᵉ siècle provençal. Œuvre rare par sa force plastique, son iconographie et son attribution, elle illustre parfaitement ce qui guide aujourd’hui le regard du marchand : la recherche de pièces où la maîtrise technique sert une vision décorative pleinement assumée.

Pourquoi cette console

Ce qui frappe d’emblée, c’est la puissance expressive de la sculpture alliée à une parfaite maîtrise de la composition. Rien n’est laissé au hasard. Chaque motif, chaque tension, chaque courbe participe à un équilibre d’ensemble d’une rare intensité.

Cette console correspond pleinement à ce que recherche Franck Niccoletti pour Méounes Antiquités : des œuvres fortes, identifiables, où l’ornementation n’est jamais gratuite mais structurée par une pensée décorative cohérente. Ici, le vocabulaire de Bernard Honoré Turreau s’exprime avec une liberté et une assurance qui rendent la pièce immédiatement reconnaissable.

Détail de la ceinture sculptée, Rinceaux, coquilles et feuillages ajourés : un répertoire ornemental fluide et profondément maîtrisé.

Bernard Honoré Turreau, une figure majeure de la sculpture provençale

Né à Toulon en 1672, Bernard Honoré Turreau est l’un des plus grands sculpteurs français du début du XVIIIᵉ siècle. Son parcours demeure en partie insaisissable, mais son empreinte sur les décors aixois et provençaux est considérable. Séjournant à Aix-en-Provence à plusieurs reprises, il marque durablement l’esthétique Régence locale, introduisant un nouveau répertoire ornemental fait d’arabesques fluides, de chimères, de médaillons et d’agrafes.

Ses recueils de dessins — Livres de tables, dessins arabesques, cartouches nouvellement inventés — témoignent d’une imagination foisonnante, nourrie d’influences italiennes, mais traduite avec une sensibilité profondément française. Turreau est avant tout un sculpteur de consoles : il en dessine, en exécute, en renouvelle les formes et les usages.

Une structure caractéristique et un langage sculptural affirmé

Cette console régence reprend la structure emblématique de Turreau : un modèle à deux pieds, mettant l’accent sur l’entretoise centrale. Le regard est immédiatement attiré vers ce point focal, autour duquel s’organise tout le décor.

Les serpents aux lignes ophidiennes, les coquilles Régence inversées, les feuilles d’acanthe profondément évidées et les motifs végétaux jaillissant des boutons floraux sont autant de signatures du Maître. La symétrie, chère à Turreau, est ici parfaitement respectée, tout en laissant place à une grande liberté de mouvement.

Le mufle de lion, cœur symbolique de la composition

Au centre de l’entretoise, un impressionnant mufle de lion grimaçant capte l’attention. Les yeux excavés, la gueule ouverte, la sculpture se situe à la frontière du monde animal et chimérique. Cette figure n’est pas étrangère à l’univers de Turreau : on retrouve des motifs similaires dans ses dessins, mais aussi dans des réalisations monumentales comme la porte de l’hôtel Arlatan à Aix-en-Provence, sculptée en 1695.

Ce lion, placé au point de tension entre les deux serpents, agit comme un pivot visuel et symbolique, donnant à la console une puissance expressive rarement atteinte dans le mobilier Régence.

Chez Turreau, le bois n’est jamais figé : il respire, il ondule, il impose une présence presque animale.

— Franck Niccoletti, Méounes Antiquités

Une exécution d’une rare virtuosité

La qualité de la sculpture est remarquable : profondeur des tailles, précision des évidements, souplesse des lignes. Les plumes sculptées à l’amortissement des montants — motif peu fréquent dans le mobilier — renvoient directement aux dessins de Turreau, où ces éléments apparaissent régulièrement, parfois détachés de toute référence animale.

La dorure, bien conservée, souligne sans les alourdir les volumes et accentue la lecture des reliefs.

Le marbre, élément déterminant

La console est coiffée d’un important marbre brèche violette, à double gorge, taillé en galbes et contre-galbes. Cette variété de marbre, rare, se distingue par ses grands nodules blancs et sa présence visuelle affirmée. Il est intéressant de noter qu’une autre console attribuée à Turreau, présentée par la galerie Steinitz à la BRAFA en 2015, est également coiffée d’un marbre brèche violette, renforçant la cohérence de cette association.


Repères

Époque : Régence, début XVIIIᵉ siècle

Attribution : Bernard Honoré Turreau dit « Toro »

Matériaux : bois sculpté et doré, marbre brèche violette

Typologie : console

Dimensions : H. 83 cm × L. 131 cm × P. 57 cm

Référence muséale : console par Turreau, Musée Grobet-Labadié, Marseille


Une œuvre de caractère, toujours actuelle

Au-delà de son usage initial, cette console s’impose aujourd’hui comme une véritable sculpture architecturale. Elle trouve naturellement sa place dans un intérieur classique, mais dialogue tout aussi bien avec des espaces contemporains, où sa force plastique agit comme un point d’ancrage.

Rare par son attribution, son vocabulaire sculptural et sa qualité d’exécution, elle constitue une œuvre patrimoniale majeure, emblématique de l’esthétique Régence provençale.

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