Chez Nando Antiques, entre Monaco et Antibes, Yoann Lardin incarne une génération qui s’inscrit dans la continuité tout en affirmant un regard déjà très sûr. Issu d’une galerie familiale aujourd’hui à sa quatrième génération, il aborde les œuvres avec exigence, sens et retenue. Parmi les pièces qu’il défend, une pendule d’époque Directoire consacrée à Cléopâtre révèle avec force sa manière d’envisager les objets et les œuvres du passé.

Une œuvre de retenue et de justesse
Ce qui frappe immédiatement dans cette pendule d’époque Directoire, réalisée vers 1795–1799 dans un grand atelier parisien de la fin du XVIIIᵉ siècle, c’est l’équilibre rare entre intensité du sujet et retenue formelle. Rien ici n’est excessif. Chaque élément est mesuré, pensé, intégré dans une composition cohérente.
Ce choix de sobriété correspond pleinement à la sensibilité de Yoann Lardin, antiquaire généraliste avec une attention particulière portée aux objets d’art et aux bronzes dorés des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles. Malgré son jeune âge — il débute officiellement dans le métier à 18 ans — son regard se porte naturellement vers des œuvres qui dépassent la simple fonction décorative pour proposer un propos lisible, construit et durable.

Le Directoire, entre Antiquité et clarté formelle
Cette pendule s’inscrit parfaitement dans l’esthétique du Directoire, période marquée par un retour affirmé à l’Antiquité, à la clarté des formes et à la lisibilité des compositions. Le sujet de Cléopâtre, figure emblématique de la grandeur antique, est ici traité avec une intelligence remarquable.
La reine est représentée assise sur une borne antique, dans un moment suspendu. Sa main se tend vers un panier de fruits dissimulant l’aspic, référence directe aux récits antiques évoquant son suicide. Le bronzier choisit de figer non pas l’acte, mais l’instant décisif qui le précède — celui du choix, de la conscience et de la dignité.



Autour du cadran en émail blanc, deux compositions viennent encadrer la scène principale : une athénienne supportant un brûle-parfum enlacé d’un serpent, symbole du passage et de la fatalité, et une colonne surmontée d’une corbeille fleurie évoquant la richesse et la mémoire d’un règne.
La base développe un véritable récit sculpté. Un bas-relief d’une grande finesse représente les derniers instants de Cléopâtre sous le regard d’Octave, tandis qu’un buste de Jules César rappelle les alliances et les drames qui ont façonné son destin.
Les œuvres les plus fortes sont celles qui conjuguent beauté, sens et justesse, sans jamais forcer le regard.
–Yoann Lardin, Nando Antiques
Lecture d’un regard exigeant
Plusieurs détails méritent une attention particulière : la vigueur et la précision de la ciselure, la qualité du modelé des figures, la finesse des drapés et la belle conservation de la dorure au mercure. Les côtés légèrement arrondis de la base, choix plus ponctuel dans la production Directoire, apportent une douceur aux lignes sans jamais rompre l’équilibre général.
Pour Yoann Lardin, trois critères sont essentiels dans l’appréciation de ce type de pièce : la cohérence de l’ensemble, la qualité d’exécution et la lisibilité du sujet. Trois exigences pleinement réunies ici.

Une résonance toujours actuelle
Aujourd’hui, cette pendule trouve naturellement sa place aussi bien dans un intérieur classique que contemporain, où elle s’impose comme une véritable œuvre sculpturale, au-delà de sa fonction première de mesure du temps. Si son usage a évolué, sa portée symbolique demeure intacte.
Le thème qu’elle aborde — le choix, la maîtrise de son destin, la dignité — continue de faire sens, bien au-delà de son contexte historique.
Repères
Époque : Directoire, vers 1795–1799
Matériaux : bronze finement ciselé et doré au mercure
Sujet : Cléopâtre, instant décisif
Comparaison : modèle identique conservé aux Staatliche Kunstsammlungen de Dresde
Une œuvre qui traverse le temps
Durable par la qualité de ses matériaux, la maîtrise de sa réalisation et la richesse de son iconographie, cette pendule demeure relativement rare par son sujet et son niveau de finition. La présence d’un modèle strictement identique dans une grande institution muséale européenne souligne son caractère patrimonial et muséal.
Elle résume parfaitement ce qui motive Yoann Lardin dans son métier : accompagner des œuvres qui conjuguent beauté, sens et justesse, sans jamais forcer le regard.






