Claude Monet Painting by the Edge of a Wood ?1885 John Singer Sargent 1856-1925 Presented by Miss Emily Sargent and Mrs Ormond through the Art Fund 1925 http://www.tate.org.uk/art/work/N04103

La technique de la peinture à l’huile

La technique

Préparer le support

Il existe deux types de peintures : la peinture à tempera et la peinture à l’huile. Le premier cas est une technique ancienne, les pigments sont mélangés à du jaune d’œuf et sèchent très rapidement. Dans le second cas, qui est l’objet de cet article, les pigments sont mélangés à une huile. Le degré de dilution peut varier, afin de rendre la peinture plus ou moins opaque et permettant de superposer les couches. En effet, une peinture à l’huile est une succession de couches stratifiées. Elle peut être sur bois ou sur toile. Dans les deux cas, le support est préparé de manière spécifique, pour faire en sorte que les pigments accrochent le mieux et le plus longtemps possible.

La technique de la peinture à l’huile sur panneau de bois est en vogue jusqu’au XVIIIème siècle, puis se trouve rapidement remplacé par la toile. La peinture ayant une action corrosive sur ces deux matériaux, il est indispensable de préparer la surface. Pour ce faire, il faut d’abord procéder à une première couche d’encollage qui soude les fibres, évite que la couche de préparation ne soit absorbée par le support et renforce le matériau contre les craquelures et les moisissures. Plusieurs couches de cette colle de peau de lapin sont parfois nécessaires. Ensuite vient une fine couche de préparation, le gesso.À base de craie ou de Blanc de Meudon, cette couche sert à accrocher la peinture. Elle est poncée afin de lisser toutes les aspérités. Le gesso peut-être coloré pour un rendu plus ou moins éclatant. Après séchage, le peintre peut enfin commencer son oeuvre.

Créer une oeuvre

La couche picturale est une succession de couches de pigments liés par des huiles plus ou moins siccatives (qui durcissent plus ou moins vite). Préparer le support est aussi important que la règle du gras sur maigre. À chaque couche, la part d’huile devient plus importante et la couleur plus transparente, afin que l’accroche des pigments soit stable et durable. Le terme très connus de « glacis » indique un mélange à faible teneur de pigments. La peinture à l’huile durcit, il faut éviter la situation problématique d’une couche molle sous une couche dure. Le temps de durcissement entre les couches est très long, le peintre doit s’armer de patience.

Van Eyck superpose de fines couches transparentes sur un fond clair. Rubens emploie du blanc opaque pour les points de lumière. Léonard de Vinci peint en couches très fines une pâte lisse et opaque. Titien peint de manière opaque et revient sur ses peintures après plusieurs mois. Watteau peint rapidement, avec beaucoup de siccatifs, d’où un noircissement progressif des tableaux.

Une fois l’artiste satisfait, il pose une dernière couche pour protéger son œuvre, le vernis. C’est une substance fluide et transparente qui durcit et protège la peinture. Toutefois, le vernis prend une teinte jaune avec le temps. Il peut être à base de résine de mastic ou de dammar qui sont des essences de bois, ou bien de gomme laque, qui est à base de sécrétions de cochenille. La dernière durcit beaucoup mais prend une teinte orangée avec le temps.

Les grands thèmes de la peinture

La scène historique

La peinture d’histoire, qu’il s’agisse de l’Histoire des grands évènements politiques et des couronnements ou de l’histoire qui illustre un texte classique chrétien ou mythologique, reste le genre pictural considéré comme le plus noble. En 1667, André Félibien le classe au sommet de la pyramide des genres artistiques. Le sujet représenté, sur une très grande toile, amène à une réflexion et peut exprimer un enseignement moral. C’est notamment le cas du Cycle de Marie de Médicis peint par Rubens, qui est une mise en scène de la vie et de l’action politique de la reine. L’ensemble mêle scènes historiques et mythologiques afin de mettre en valeur la souveraine.

Après la Révolution, les peintres d’histoire représentent beaucoup de nus héroïques, parfois teintés de sentiments exacerbés. L’aube du XIXème voit l’historicisme, la passion des styles passés, gagner du terrain. La peinture d’histoire se transforme en « peinture académique », plus haut genre pictural au sien de l’Académie Française. En réaction, les modernes s’emparent du format monumental afin d’y développer des scènes de la vie moderne. Courbet le fait pour la première fois en 1849 avec Un enterrement à Ornans et Manet en 1863 avec son Déjeuner sur l’herbe.

Le Sacre de Napoléon, Jacques Louis David, 1805-1807, huile sur toile, conservé au Musée du Louvre.

La scène mythologique

L’artiste prend pour modèle des textes mythologiques des cultures antiques occidentales : romaine, grecque, nordique ou égyptienne. Les scènes mythologiques rompent avec l’esthétique du Moyen-Âge. Les corps sont désormais souvent nus, de manière partielle ou totale, tandis que dans la peinture médiévale, seul le Christ dévoile son corps. C’est dans la peinture mythologique que s’observent les idéaux de beauté des corps de l’époque. L’idéal féminin est particulièrement représenté, notamment par des mises en scène de la déesse de la beauté Aphrodite. Les sujets proviennent de scènes précises des textes classiques comme les Métamorphoses d’Ovide. La peinture mythologique possède un rôle iconique et symbolique, elle met parfois en avant les qualités du souverain à travers celles du personnage.

Le portrait

La peinture de portrait à pour but de représenter le modèle en lui-même, pour lui-même.  Les portraitistes répondent souvent à une commande de personnages publics ou privées. Ils peuvent aussi prendre l’initiative de se représenter, il s’agit là d’un autoportrait. Les portraits constituent souvent d’importants souvenirs de famille ou des documents d’État. Le portrait est à la base l’apanage des riches et puissants. Cependant, il tend à se démocratiser à partir du XVIIIème siècle. Signe ostentatoire d’une richesse nouvellement acquise pour le bourgeois, souvenir de voyage du Grand Tour ou outil politique royal, le portrait est un genre primordial classé au second rang de la hiérarchie des genres.

La scène de genre

L’Europe du Nord, et particulièrement les Flandres, apprécient les représentations de scènes anecdotiques et familières. Bourgeois anonymes, illustration de proverbes, bambochades, foires, ce sont des thèmes du quotidien qui sont mis à l’honneur. L’accent n’est pas sur le qui mais sur le quoi. Comme c’est souvent le cas, la portée de ce genre va bien au delà de la simple représentation anecdotique mais vise à faire passer une morale. Boire à l’excès conduit à l’abandon de la raison, jouer aux cartes est une occasion de se faire détrousser. La portée morale de ce genre au format réduit est accessible à la classe “moyenne”. Les bourgeois et les laïcs décorent leur intérieur de ces scènes parfois divertissantes, qui sont aussi le témoignage d’une certaine richesse culturelle des propriétaires.

scène de genre technique peinture à l'huile
Le tricheur à l’as de carreau, George de La Tour, 1635, huile sur toile, conservé au Musée du Louvre.

Le paysage

En Occident, la représentation du paysage prend de l’importance à la Renaissance afin de situer l’action d’un sujet religieux ou mythologique. Cependant, le goût pour la peinture de paysage autonome ne se constitue qu’au XVIIème siècle en Europe du Nord. Au départ, un paysage n’est ni contemplé, ni apprécié pour sa seule valeur. C’est un genre au départ peu reconnu par l’Académie.  Il est possible de distinguer deux types de paysage. D’un côté, les paysages composés, qui rassemblent différents éléments de paysage pour en former un nouveau. De l’autre, les « vues », qui représentent un endroit spécifique et pittoresque, c’est à dire « digne d’être peint ».

Aussi, Roger de Piles distingue deux autres types de paysage en 1667, dans son Cours de peinture par principes. Le premier, le paysage héroïque, est une « composition d’objets qui dans leur genre tirent de l’art et de la nature tout ce que l’un et l’autre peuvent produire de grand et d’extraordinaire ». Le second, le paysage pastoral, est une « représentation des pays qui paraissent moins cultivés qu’abandonnés à la bizarrerie de la seule nature ». C’est un genre qui prend une importance considérable à la fin du XIXème siècle avec les impressionistes. Touche libre ou au contraire précise, ciel orageux ou ruisseau paisible, la peinture de paysage traduit bien plus qu’un simple reflet de la Nature.

La vanité

La vanité est une représentation allégorique de la mort, du temps qui passe et de la vacuité des passions. C’est un thème ancien, né en Europe du Nord et très prisé au XVIIème siècle. Les peintres d’origine flamande importent ce genre en France, et le peintre Philippe de Champaigne s’approprie vite les codes. L’appellation est issue de l’Ancien Testament : « Vanité des vanités, tout est vanité ». L’intention est de méditer sur la nature passagère de la vie humaine et l’inutilité des plaisirs du monde face à une mort inéluctable. Des objets symboliques sont représentés, appelés des memento mori « souviens-toi que tu mourras ». Crânes, bougies, verre, fruits, fleurs, les éléments qui constituent une vanité sont variés. D’ailleurs, si la vanité peut constituer un tableau autonome, elle peut aussi être un détail sur une plus large composition, lui conférant alors une signification plus profonde.

La nature morte

Diderot, dans ses Salons, les définit comme des « natures inanimées ». C’est au milieu du XVIIème siècle, en Europe du Nord et en Espagne, que se développe fortement ce genre pictural de petit format. Les Grandes découvertes et l’arrivée en Europe de produits exotiques favorise l’essor des cabinets de curiosités, ancêtres des musées. Ces objets deviennent plus que des sujets d’étude, ils deviennent un prétexte à la représentation. Au XVIIème siècle en Espagne, la morale catholique est forte et les natures mortes prennent la forme de vanités. Par opposition, c’est parce que l’Europe du Nord est protestante et qu’elle refuse les sujets religieux que les peintres se consacrent à la peinture de paysages et de natures mortes. Ainsi, l’aspect esthétique de la peinture prend une importance primordiale, la valeur d’un tableau ne se calcule plus à partir de la valeur de ses matériaux, c’est l’habileté de l’artiste qui prise en compte.

En France, le thème de la nature morte connait un nouveau souffle avec les peintres des avants gardes. Ce genre ancien est un terrain idéal pour les expérimentations du début du XXème siècle. La signification morale disparait et laisse place à l’appréciation de la technique pure. Picasso s’en empare pour expérimenter ses envies les plus extravagantes en 1912 dans sa Nature morte à la chaise cannée.

Aujourd’hui la peinture à l’huile s’est démocratisée pour tous les publics. La peinture est en tubes, les toiles sont déjà enchâssées et les colles industrielles sont peu chères. Il est aussi facile d’exposer dans son salon une peinture à l’huile de sa propre main qu’une oeuvre d’artiste achetée chez un webantiquaire de confiance.


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