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Petite histoire de l’éclairage, de la bougie aux LED

Le don du feu aux Hommes

L’histoire de l’éclairage commence dans la mythologie grecque. Prométhée est un Titan, fils de Japet et Thémis, frère d’Atlas, Ménétios et Épiméthée. Après la victoire des nouveaux dieux face aux Titans, Prométhée et son frère Épiméthée sont chargés par Zeus en personne de doter les êtres vivants d’armes pour se défendre et de moyens pour se protéger afin de vivre en paix. À Prométhée est confiée la charge de donner le souffle de la vie à chaque être, et à Épiméthée de les armer pour se défendre. Toutefois, le frère de Prométhée demande à celui-ci de le laisser entièrement faire. Le Titan commence par les animaux, qui reçoivent tous les dons : la force, la rapidité, le courage et la ruse, ainsi que les plumes et poils pour se protéger du froid. Cependant, quand vient enfin le tour des Hommes, il ne reste plus rien.

prométhée feu
Prométhée fait présent du feu à l’humanité, Heinrich Fueger, entre 1790 et 1817, huile sur toile, conservé dans les collections princières du Liechtenstein.

Appelé à l’aide par son frère, décide de mettre les Hommes debout, à l’image des Dieux, ainsi que de leur donner la connaissance de la métallurgie, des arts et des techniques agricoles. Ne manque qu’un seul élément, le feu. Il est indispensable pour fabriquer des outils, construire un abri, se réchauffer, s’éclairer et éloigner les animaux sauvages. Le feu n’existe alors qu’en un seul endroit, l’Olympe. Prométhée, avec l’aide d’Athéna, entre secrètement. Il dérobe un tison du feu sacré, qu’il dissimule dans une tige de roseau. Quand Zeus s’aperçoit du vol de Prométhée, sa colère est sans limites. Le châtiment réservé à Prométhée est cruel. Il est amené dans les montagnes du Caucase et enchaîné à un rocher. Par ailleurs, un aigle vient lui dévorer le foie, pour l’éternité.  

Que la lumière soit

Utiliser le feu

La véritable histoire de l’éclairage commence dès le Paléolithique. La combustion de matériaux naturels constitue une source d’éclairage facile d’accès pour les populations qui n’ont pas d’alternatives. Facile d’accès et abondants, ces matériaux offrent pourtant plus de d’efficacité, en termes d’éclairage ou de durabilité, une fois transformés.

L’huile

La lampe à huile est mise au point très tôt, c’est-à-dire dès le Gravettien (31 000 – 23 000 A.P.). Le fonctionnement de ces lampes demande une surveillance constante. En effet, la mèche doit être disposée d’une certaine manière, la graisse elle-même ne devant pas inonder la mèche. Il est en plus nécessaire de recharger la lampe en huile après une heure de combustion.

lampe à hule éclairage
Lampe à huile aux deux gladiateurs, Musée romano-germanique de Cologne, ©LoKiLeCh.

C’est un système utilisé fréquemment jusqu’au Moyen Âge, où elles étaient montées sur pied, à la manière de la Rome antique. Les lampes à huile sont perfectionnées afin d’augmenter leur pouvoir éclairant et de stabiliser la flamme. Pour éviter ces vacillements, un système d’écoulement de l’huile est mis au point. L’apogée est atteinte en 1780, lorsque le genevois Aimé Argand invente une nouvelle lampe à huile. Munie d’une mèche cylindrique offrant une meilleure ventilation et d’un système de vase communicants permettant une meilleure autonomie, la lampe Argand-Quinquet est rapidement exportée dans le Nouveau Monde, et connait un large succès.

La chandelle

C’est la technique qui rivalise avec la précédente au cours du Moyen Âge. Elle se compose de suif, c’est-à-dire de graisse animale. Peu onéreuse, c’est un matériau qui possède certains défauts, car la chandelle brûle avec une fumée noire et une odeur très forte. Pour la fabriquer, il faut faire couler le suif liquide sur une mèche tendue, puis plonger la mèche dans un récipient de suif liquide ou alors verser ce dernier dans un moule. La chandelle diffère de la bougie dans la composition et la noblesse du matériau ainsi que la durée de combustion.

Saint-Joseph charpentier, George de la Tour, entre 1638 et 1645, huile sur toile, conservé au Musée du Louvre.

La bougie

Le mot « bougie » apparait dans la langue française au XIVe siècle, tiré du nom de la ville de Bejaia. Cette ville fournissait une grande quantité de cire d’abeille de très belle qualité à toute l’Europe. La cire remplace alors le suif des chandelles. Ce matériau d’exception est onéreux, en étant toutefois bien plus qualitatif que son équivalent animal. La combustion est plus longue, la fumée et l’odeur sont inexistantes.

La cire est de couleur naturellement jaunâtre. Cependant, après une longue exposition au soleil de plusieurs jours, voire semaines, la cire blanchit et devient encore plus couteuse. Les bougies blanches sont presque exclusivement utilisées dans les palais royaux. En 1719 est créée la Manufacture Royale de Cire. Elle est ensuite rachetée par la Maison Trudon en 1737 et existe toujours. La devise, “Deo Regique Laborant”, est toujours visible sur les étiquettes et signifie : « Elles (les abeilles) travaillent pour Dieu et le Roi ».

Maîtriser le gaz

Dans l’histoire de l’éclairage, la première révolution consiste en l’utilisation du gaz comme combustible. L’éclairage au gaz est connu en Chine depuis longtemps. En Occident, cette technologie est mise au point grâce à la distillation de la houille. En effet, le premier gaz d’éclairage est obtenu par distillation du bois (gaz de bois) entre 1785 et 1786 par l’ingénieur français Philippe Lebon. De l’autre côté de la Manche, le gaz de houille est mis au point sous l’impulsion de Frédéric-Albert Winsor et de William Murdoch. Il devient alors rapidement la principale source d’approvisionnement en gaz d’éclairage.

Allumeur de réverbères en Suède, 1953.

Toutefois, le tournant du XIXème est synonyme d’innovations, et celle-ci ne convainc pas tout le monde au départ. Elle se heurte à une méfiance partiellement justifiée. Son extrême facilité de combustion fait craindre des incendies. Malgré tout, la rue de la Paix est la première rue de Paris à être alimentée au gaz en 1829, et le succès va grandissant. Les théâtres en sont équipés, avant d’être rapidement remplacé par la lumière oxhydrique, moins risquée pour les costumes des comédiens.

La révolution de l’électricité

L’ampoule à incandescence

La deuxième révolution de l’histoire de l’éclairage est la maitrise de l’électricité. L’électricité devient la principale source d’énergie pour l’éclairage à partir des années 1880. En 1878, durant l’exposition universelle de Paris, plusieurs places et avenues sont dotées des « bougies Jablochkoff ». La lumière est produite par un arc électrique. La même année, Joseph Swan brevète en Angleterre la lampe à incandescence. Un an plus tard, Thomas Edison fonde la Edison Electric Light Company et dépose le brevet de la lampe électrique à filament en bambou du Japon. Fonctionnant à faible voltage dans une ampoule de verre sous vide, Edison effectue de nombreux essais avant de trouver la bonne solution et décrète ne pas avoir « échoué 10 000 fois, mais trouvé 10 000 solutions qui ne fonctionnent pas ».

Zoom sur Guernica, Pablo Picasso, 1937, huile sur toile, conservé au Musée national centre d’art Reina Sofía, Madrid.

Les LED

Les lampes LED sont les dernières innovations en matière d’éclairage. Pour commencer, ces lampes servent de voyants lumineux ou de témoins de veille d’appareils électriques.  Avec les avancées technologiques et l’amélioration de leur puissance, des lampes basées sur cette technologie se développent et sont produites industriellement. La vente des lampes à incandescence classiques est interdite en Europe en 2012, tandis que les lampes halogènes suivent en 2018. Une longue durée de vie, une faible consommation et un bas prix font que les ventes des lampes à LED ne cessent d’augmenter depuis le début des années 2010.

Le support d’éclairage

L’histoire de l’éclairage c’est aussi l’histoire des supports. Le terme luminaire englobe l’ensemble des systèmes permettant la diffusion de la lumière. Il est composé principalement d’une alimentation en énergie (câble électrique, réservoir d’huile) ainsi que d’une fixation de la source lumineuse (culot, bobèche). Les luminaires actuels comportent en outre des systèmes de protection qui doivent être conformes à la réglementation (mise à la terre).

Le lustre

Les luminaires peuvent être suspendus au plafond. Ils prennent alors le nom de « lustre ». Au Moyen Âge, les lustres sont en bois, en forme de croix et composés d’un nombre variable de branches. Des bougies, enfin plutôt des chandelles, sont disposées sur les branches. La suspension se fait à l’aide d’une chaîne ou d’une corde, afin de faciliter leur descente pour les allumer ou les éteindre.

Ensuite, à partir du XVe siècle, les lustres sont en métal et les formes se diversifient. Leur taille augmente, les lustres sont désormais de vrais symboles de luxe et de richesse. Autrefois appelé chandelier suspendu, il ne devient un « lustre » qu’au XVIIe siècle, quand la mode est aux cristaux assemblés en breloque ou en pendentif. En effet, ces derniers réfléchissent la lumière et donnent à l’éclairage un chatoiement particulier, un éclat propre au « lustre ». Leur taille va toujours en s’agrandissant. C’est au XIXe siècle que les lustres accusent un changement majeur car ils s’adaptent à cette nouvelle technologie qu’est l’éclairage au gaz. Il n’est alors plus nécessaire de descendre le lustre pour l’allumer. Enfin, avec l’apparition de l’électricité à la fin XIXe siècle, la flamme des bougies est remplacée par de petites ampoules cachées dans de fausses bougies.

Le chandelier

Les luminaires peuvent aussi être sur pied. Il est possible de distinguer dans cette catégorie le chandelier. Il peut être à verge (pique-cierge) ou bien à bobèche. Dans le premier cas, la chandelle est placée sur une pointe. Dans l’autre, la base de la chandelle se place dans un petit contenant, à sa taille, qui la maintient. Destiné dans un premier temps à supporter des chandelles, il peut aussi accueillir des bougies. Il ne porte qu’une ou deux chandelles. Il est donc de taille assez réduite pour être transporté à une main. Le bougeoir est une variante, avec un fût plus bas ou inexistant.

Le chandelier prend différentes formes, qui s’adaptent toujours au goût en vigueur. De métal, de bois ou en céramique, de nombreux matériaux plus ou moins luxueux composent cet objet du quotidien. Pour les plus raffinés d’entre eux, du verre et du cristal viennent compléter l’ensemble.

Le candélabre

Un candélabre est un grand chandelier à plusieurs branches. À la demeure royale de Versailles, dans la galerie des Glaces, les candélabres sont posés sur des torchères. Ce sont des sortes de grands guéridons destinés à augmenter la taille d’un luminaire à pied. De plus, transformer un simple chandelier en candélabre est relativement simple, car il suffit d’ajouter un bouquet à plusieurs bras.

Par analogie de forme avec le chandelier, le candélabre désigne un motif ornemental classique de la Renaissance. Les motifs de candélabres sont composés de divers éléments tels que des vases, des masques, des palmettes et des rinceaux, superposés symétriquement le long d’un axe vertical.

La girandole

La girandole est une sous-catégorie des chandeliers et ressemble à son cousin le candélabre. Elle tire son nom de girandole de l’italien girandola, terme auparavant destiné à une pièce d’artifice. Par analogie, ce même nom est donné à un chandelier composé de nombreux bras combinés en forme de cône. La base est aussi arrondie que la matière le permet.

À la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle, la girandole est un chandelier à pied dont les branches sont disposées en pyramide. Elle est décorée de cristaux ou de fleurs en porcelaine. Ce luminaire reprend la forme des lustres et complète donc le décorum d’une pièce. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les girandoles peuvent aussi se présenter avec des branches simplement dorées disposées en bouquet. Elles sont alors montées sur un trumeau, sur un vase, ou portées par une statuette.

Girandole française, vers 1730, conservée au Getty Museum, ©Digital image courtesy of the Getty’s Open Content Program.

La girandole peut aussi être un accessoire amovible du chandelier, et comporter deux branches ou plus. Il s’agit alors d’une sorte de bouquet de lumières placé au niveau de la bobèche du chandelier. Cet accessoire transforme un simple chandelier à pied en candélabre.

La modernité : mixer les genres

Le XIXème siècle est celui de toutes les folies. Il en est une, originale et toujours d’actualité, qui consiste à monter certains vases de porcelaine afin de les transformer en petites lampes. Les vases issus des ateliers chinois ou français trouvent un second souffle de ce nouveau rôle qui leur est attribué. Ainsi, il semblerait que la modernité s’adapte au passé, ou peut être s’agit-il de l’inverse.


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