Les bijoux des années 1960 et 1970 – un précieux goût de liberté et de pop’fantaisie.

Les bijoux des années 1960 et 1970 – un précieux goût de liberté et de pop’fantaisie.

Installée en Provence, la fondatrice de la galerie EvaRT Bijoux est spécialiste en pièces anciennes depuis plus de vingt ans. Elle voit d’un œil attendri la génération des trentenaires, qui n’a pas connu les années 1960 et 1970, se prendre d’intérêt pour les créations de cette période. N’ayant pas de lieu dévolu à son activité, elle réalise ses ventes pour l’essentiel sur son site Internet et sur Antikeo, ce qui lui laisse le loisir de chiner à sa guise. « Les années 1960 et 1970 sont marquées par une vraie audace créative, et une liberté accrue, surtout dans la seconde décennie », épingle la fondatrice d’EvaRT. « Les innovations se manifestent dans l’architecture et la mode, le pop art, le design industriel, et toutes ces influences se retrouvent dans les bijoux. ». C’était l’époque d’un optimisme décomplexé, la joaillerie n’étant pas en reste.

Galerie EvaRT bijoux, Bague Pavage Diamants, Or Blanc 18 Carats, en vente sur Antikeo

« Tendances ethniques, gros bracelets manchettes, bagues volumineuses, or jaune texturé ou brossé – donc travaillé différemment de ce qui se faisait jusque-là –, utilisation de matériaux nouveaux comme le plastique et le plexiglas : la démesure est un mot d’ordre », avance l’antiquaire. Les pierres fines, le corail, davantage utilisés, prennent leur revanche par rapport aux pierres précieuses. Dans les années 1970, les broches imposantes aux sujets animaliers et végétaux sont, elles aussi, très à la mode, ainsi que les gros clips d’oreilles en or jaune avec des gemmes. De manière plus générale, « les bijoux associant proportions surdimensionnées et formes audacieuses sont appréciés », synthétise la fondatrice d’EvaRT.

« Les années 1960 et 1970 sont deux décennies très créatives », observe Émilie Baume, comme sa collègue provençale. « On y trouve des bijoux exubérants, très incarnés, aux lignes et styles multiples, aux matières riches et variées, souvent mêlées : ors jaune, blanc, rose, platine, bois d’ébène, résine, laques, coraux, certains plastiques (y compris pour les modèles précieux) ». En plus des pierres précieuses, des pierres gemmes de couleurs et de tailles particulières sont à la mode : aigues marines, citrines, quartz fumés et bruns, tourmalines. Et notre gemmologue de préciser : « vertes tendant vers le bleu, roses aussi, associées à l’or jaune et plus encore à l’or blanc dans les années 70, en raison d’une forte demande des amateurs ». S’agissant des volumes et des motifs, ajoute-t-elle, « la tendance est au XXL pour les bagues, les boucles d’oreilles, les bracelets, avec des inspirations naturalistes et l’or travaillé de manière brutaliste, des branchages de matières, parfois même de manière complètement abstraite. »

Galerie EvaRT Bijoux, Bague Sertie d’une Aigue Marine, Or Jaune 18 Carats, en vente sur Antikeo

Parmi les bijoux iconiques de cette période, Van Cleef & Arpels on trouve le sautoir Vintage Alhambra serti de pierres fines et toujours très recherché. Les bracelets et colliers imposants, aux matières d’or texturées, créés par l’atelier Georges Lenfant, sont également souvent demandés. 

Pour l’avenir, notre antiquaire imagine une curiosité grandissante à l’égard des bijoux années 1960 et 1970 « à mesure que nous nous éloignerons de cette période, et que la nostalgie, mais aussi la curiosité pour cette époque, grandiront parmi les plus jeunes générations ». Par ailleurs, selon elle, l’attrait pour ces pièces vintage « est en partie guidé par une démarche durable, écologique, qui parle de notre temps et de ses enjeux. »

Sise au centre-ville de Poitiers depuis 1975, la Maison Baume est quant à elle une institution familiale qui défend avec passion les bijoux anciens. Experte en bijoux, agréée et gemmologue diplômée d’État, Émilie Baume a d’abord vécu d’autres vies avant d’être à son tour rattrapée par la gemmologie… Voici quinze ans, elle a pris la suite de sa mère elle-même gemmologue qui lui a transmis son savoir depuis son plus jeune âge.

La tendance est au XXL

Il faut garder à l’esprit que, ces années-là, se joue une véritable révolution du bijou, dans tous les pays. En France, des pièces iconiques audacieuses d’inspiration hippie ou ethnique voient le jour chez Cartier ou Van Cleef & Arpels. Des créateurs illustres vont accompagner et prolonger ce mouvement, à l’image de Jean Vendome. « Ses pièces sont de véritables sculptures, des œuvres théâtrales, à partir de gemmes plus ou moins taillées, parfois de tranches entières d’améthyste ou de tourmaline : des bijoux aujourd’hui recherchés, portables et collectionnables », analyse Émilie Baume. Non sans humour, elle note d’ailleurs chez les amateurs de ces pièces « un tempérament souvent passionné, assorti aux créations sur lesquelles ils jettent leur dévolu. »

Même la reine d’Angleterre…

Hors des frontières nationales, la révolution est aussi à l’œuvre, par exemple au Royaume Uni avec Andrew Grima, créateur d’origine italienne, « dont les pièces majeures tournent autour d’une pierre centrale mise en exergue par un travail de la matière », précise Émilie Baume. Andrew Grima œuvra même pour la famille royale et la reine Elizabeth II porta sa broche Venus jusqu’à ses derniers jours. Aux États-Unis, Arthur King s’est, de son côté, distingué avec ses créations abstraites, sculptées, d’inspiration naturaliste mettant en valeur des pierres fines, moins précieuses, aux palettes de couleurs vives.

Tous ces créateurs ont pour trait d’union de renouer avec la matière, les couleurs chatoyantes et la nature, « un peu à la manière de l’Art nouveau avec lequel un parallèle pourrait être réalisé », suggère Émilie Baume.

Ces bijoux des années 1960 et 1970 sont devenus des marqueurs d’une époque. Ils peuvent être considérés comme anciens. « C’est une période qui a fait évoluer le marché », analyse notre experte. La gemmologue avance qu’il lui arrive d’accompagner ses clients vers ces années-là qu’elle a valorisées sur son site Internet voici quinze ans.

Ces créations bénéficient aussi d’une conjoncture tristement favorable avec la raréfaction des bijoux plus anciens, ceux du XIXe et du début du XXe, qu’il est difficile de restaurer et, plus grave, qui sont parfois vendus par leurs propriétaires pour être fondus en cette période où le cours de l’or ne cesse de monter…

Émilie Baume réalise la majorité de ses ventes sur Internet, via les plateformes comme Antikeo, ou bien sur le site qu’elle a créé. « Peut-être est-ce en partie dû à notre localisation géographique, qu’il est possible de voir comme un point de différenciation », souligne-t-elle. Il n’en reste pas moins qu’Internet présente de vrais avantages, « et permet presque paradoxalement de briser la glace, même pour certains de nos clients Poitevins. »

Les salons et foires d’art sont une autre vitrine et un lieu d’échanges forts, notamment le TOMBAS (The Original Miami Beach Antic Show) auquel notre interlocutrice prend part, et dont plus de 70% des marchands sont spécialisés en bijoux anciens. Outre la clientèle française, elle tient à mettre en avant les Américains : « ils sont très fidèles, apprécient énormément les bijoux anciens français, toutes époques confondues et sont des connaisseurs. » De même, Émilie Baume relève que « les jeunes manifestent un réel intérêt pour les bijoux anciens » : Les années 1960 et 1970 seraient-elles ainsi en passe de devenir le nouvel eldorado du bijou ?

Combien ça coûte ?

Bien des bijoux des années 1970 sont très abordables : entre 200 et 300 euros pour un bracelet métal et plexiglas, par exemple. Et parfois moins encore pour tous les bijoux fantaisie.
Avec la montée du cours de l’or, certains bijoux anciens connaissent dans l’ensemble des prix à la hausse. Il est malgré tout possible de trouver de beaux bijoux de charme à partir de 500 euros. Pas des pièces uniques, certes, mais de belle facture, que ce soient des bagues ou des dormeuses. Pour les bracelets et les chaînes, les prix peuvent être plus élevés.
Quant aux pièces uniques, plus spécifiques d’une période, dans un bel état avec une jolie pierre fine ou précieuse, garantie et authentique, poinçonnée et dont toutes les gemmes sont bonnes, certaines sont accessibles dès 2000 euros.
Il faudra en revanche prévoir 15.000 euros pour un sautoir Vintage Alhambra Van Cleef & Arpels aux motifs de trèfles sertis de nacre.

4 conseils pour acquérir des bijoux années 1960 et 70


I
Les deux spécialistes sont unanimes pour leur premier conseil : suivre les inclinations de son cœur ! Ensuite, seulement, réfléchir ! Le bijou convoité est-il portable par la personne à laquelle il se destine ?

II
S’adresser en priorité à des maisons spécialisées dans le bijou ancien et qui ont des références. Leur sérieux et les connaissances de ces joailliers ou gemmologues seront le plus souvent la garantie que l’état du bijou aura été vérifié, et celle de disposer d’un vrai certificat d’authenticité. Dans la mesure du possible, privilégier les achats « propres » à ceux lors des ventes aux enchères, car sur ces dernières, les bijoux ne sont ni nettoyés, ni restaurés, et de ce fait les niveaux de garantie ne sont pas les mêmes.

III
Examiner le bijou sous tous les angles

III
Ne surtout pas hésiter à discuter avec les marchands.

Conseils de lecture

Jean Vendome – les voyages précieux d’un créateur, Par Marlène Crégut-Ledué, Éditions Faton, 2008

Boucles d’oreilles. De l’Antiquité à nos jours, Par Amanda Triossi et Daniela Mascetti. Thames & Hudson, 1998

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