Les souvenirs du Grand Tour – de petits fragments de la grandeur italienne

Les souvenirs du Grand Tour – de petits fragments de la grandeur italienne

Parfois dus à des artisans restés célèbres, ces objets ‘’à l’antique’’, autrefois réservés à une élite, sont aujourd’hui patinés à leur tour par le temps et désormais accessibles au plus grand nombre.

Bastien Larnaud, dont la galerie Murmure des Arts n’est présente que sur la toile, propose depuis décembre 2025 des pièces se rapportant au Grand Tour. Par cette expression, on désigne les voyages culturels, de plusieurs mois, voire davantage, qu’accomplissaient les gens fortunés en Italie au XIXe siècle. Les Anglais furent les premiers et trouvèrent l’expression Grand Tour. De celle-là, est sorti le mot touriste. Amateurs d’art, écrivains, intellectuels et artistes étaient nombreux. Ils se rendaient essentiellement en Italie, mais allaient parfois plus loin, jusqu’au Proche-Orient. Stendhal, avec ses Promenades dans Rome figure parmi les plus célèbres de ces voyageurs. Du côté anglais, on songe notamment à Biron. Tous marchaient sur les traces de la Rome Antique, des cités du Moyen Âge, de la Renaissance, de la peinture baroque, etc. La découverte des ruines de Pompéi et d’Herculanum au XVIIIe siècle avait lancé le mouvement.

Pour Bastien Larnaud, le choix d’orienter son activité sur le Grand Tour s’est fait « plus par envie de proposer un goût pour la décoration, une inspiration de l’Antiquité avec son idéal esthétique, que par volonté de vendre des objets isolés. ».

Des reproductions pour les voyageurs

Parmi les œuvres phares les plus reproduites dans les ateliers dédiés aux souvenirs du Grand Tour, « on trouve d’abord et surtout les célèbres statues antiques retrouvées lors des grands travaux de Rome, fin XVe, début XVIe, comme le Laocoon ou la Vénus Medici », précise Bastien Larnaud. « Viennent ensuite les grandes ruines telles : « les temples de Vesta, de Saturne, de Vénus… Des objets s’inspirant des œuvres majeures de la Renaissance, dont de célèbres statues en bronze étaient également très prisés ».

Galerie Murmures des arts, Bronze du Grand Tour – Hercule terrassant la biche de Cérynie, XIXe siècle, en vente sur Antikeo

Notre antiquaire, qui est aussi collectionneur, nous explique que « ces voyages ont induit la spécialisation de fonderies et d’ateliers produisant des objets en albâtre et en marbre, véritables ersatz de pièces archéologiques qu’il n’était pas possible de rapporter. » En effet, « très tôt, des lois et règlements sont en effet venus interdire les exportations d’antiquités ».

La bulle Cum almam nostram urbem prise par le pape Pie II en 1462 fut le premier. D’autres suivirent, dont un édit de 1704 rédigé à la demande de Clément XI, limitant l’exportation hors de Rome des petits objets, et notamment des antiquités facilement transportables comme les fragments de peinture antique. Rappelons que les États du Pape couvraient près d’un tiers du territoire italien. Lors de l’unification italienne, la législation s’est durcie, et davantage durant la Période fasciste, époque où des mesures très sévères de protection du patrimoine, toujours en vigueur, ont été prises.

Certains « souvenirs », précise Bastien Larnaud, « ne seront pas copiés d’après l’antique, mais dérivés de ces illustres modèles et revêtiront un ‘’aspect échantillonnaire’’ : peintures de sites célèbres, plateaux de table en marqueterie de marbre, et autres compositions. » À la fin du XIXe et au début du XXe, quand les voyages se sont démocratisés, des pièces seront produites en plus grand nombre, « majoritairement de gamme inférieure, mais pas toujours », explique Bastien Larnaud, « plutôt en albâtre, pierre plus tendre que le marbre et moins couteuse, qui se prêtait ainsi davantage à une production destinée à un ‘’tourisme de masse’’. »

Ajoutons de nombreux dessins, aquarelles, gravures, peintures, et même des photographies que les « touristes » pouvaient ramener dans leurs bagages. Ces œuvres étaient parfois réalisées par des peintres de talent.

Galerie Murmure des arts, Huile sur toile encadrée – Ruines du Forum à Rome, XIXe siècle, en vente sur Antikeo

De grands ateliers spécialisés

Les plus beaux objets peuvent être attribués à certains ateliers fameux, surtout à Rome. Le plus ancien est l’atelier de Giacomo (1731-1785) et Giovanni (1745-1805) Zoffoli pour les vases Borghese et Medici, mais aussi les reproductions dorées. Dans le quartier du Vatican, la fabrique Saint-Pierre où œuvrait le romain Giacomo Rafaelli (1753-1836), s’était spécialisée dans la micro-mosaïque, utilisée pour représenter des vues romaines. Par la suite, sont nés les ateliers de l’Allemand Benjamin Ludwig Jollage (1781-1837) pour les bronzes, celui de Benedetto Pistrucci (1783-1855), lapidaire, médailleur et graveur sur camées, ou encore celui de Benedetto Boschetti (1820-1879), où se faisaient des copies en bronze et marbre de très haute qualité. « La majorité des pièces n’était pas signée », souligne Bastien Larnaud, « à l’exception de celles des ateliers les plus célèbres, y compris pour les bronzes et les camées. » 

Un retour de la décoration néo-classique

Le marché des objets liés au Grand Tour se porte bien, juge l’antiquaire, « avec un côté grande déco, grâce à une unité de styles mêlant marbres et bronzes et qu’on retrouve aujourd’hui, par exemple, dans les châteaux ». Et le professionnel de faire un constat : « Il existe un vrai retour au goût dit néo-classique en décoration d’intérieur, y compris de la part des jeunes collectionneurs qui achètent aussi bien des objets archéologiques que ceux du Grand Tour ».

L’un des atouts forts de ces objets est qu’ils sont éminemment collectionnables, du fait d’une grande variété, des plus classiques aux plus rares. « Certains ont été réalisés dans les plus beaux marbres antiques comme le rosso antico, particulièrement prisé et qu’on ne peut plus sculpter aujourd’hui en raison de son coût », souligne notre spécialiste.  « Des colonnes de type trajanes entièrement en rosso antico et datant de la fin du XIXe peuvent se vendre entre 20 000 et 30.000 euros pour les plus grandes et les plus belles. »

Par ailleurs, si la réglementation sur les ventes « d’antiques » s’est durcie, explique Bastien Larnaud, « les copies ne sont, bien entendu, pas concernées, ce qui facilite l’épanouissement de ce marché. »

« L’Antiquité exerce depuis toujours une vraie fascination sur toutes les tranches d’art ». Autre spécificité de cette spécialité, comme le constate encore Bastien Larnaud, « les étrangers sont majoritaires parmi la clientèle de Murmure des Arts » Et, n’ayant pas de galerie in situ, Bastien Larnaud réalise toutes ses ventes sur Internet, notamment via la plateforme Antikeo. Une nouvelle manière de voyager et faire le tour du Grand Tour en quelques clics !

Combien ça coûte ?

La fourchette des prix est très large : entre 100 et 1000 euros.

Pour 200 euros, on peut trouver de petits bronzes, comme des bustes posés sur des colonnes en marbre ou des médaillons.

Comptez entre 400 et 600 euros. Pour les reproductions de sculptures antiques comme la Diane de Gabies ou la Vénus Medici, d’une trentaine de centimètres de hauteur.

Pour les objets en porphyre rouge ou en marbre rosso antico (rouge antique), les prix peuvent s’envoler.

3 conseils pour acquérir un objet du Grand Tour

I.
Le marché des objets du Grand Tour a des prix définis. Il ne faut pas surpayer un bronze produit à des milliers d’exemplaires.

II.
Se montrer patient et attendre de trouver une belle pièce.

III.
Privilégier une pièce sortant de l’ordinaire.

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