La dorure sur bois

I°/ Bref Historique

Tout a commencé en Egypte où très tôt les Egyptiens ont su battre l’or en feuille. Feuilles qu’ils martelaient ensuite sur des sculptures, sarcophages, masques, afin d’imiter l’or massif à moindre coût. Ce métal, le seul à l’époque à avoir la particularité de ne pas s’oxyder, était un symbole d’immortalité et du divin.

Le sarcophage doré de Toutankhamon 

Chez les Romains ce sont les villas et palais qui sont peints et dorés en trompe l’oeil ou en moulure réelle.

Durant les époques romane et gothique, la dorure est consacrée uniquement aux oeuvres liturgiques. Des icônes sont peintes sur des panneaux de bois et des retables et autels sont richement dorés et sculptés.

À la Renaissance française et jusqu’à sous Louis XIII quelques cadres et éléments de mobiliers sont dorés mais la dorure n’est pas encore utilisée majoritairement.

L’histoire du bois doré commence réellement en France sous Louis XIV, le roi soleil, qui  s’en sert pour montrer sa puissance, affirmer son symbole et montrer ainsi la richesse de la France. Les miroirs et les dorures présentes sur les boiseries permettent à la lumière des bougies de se refléter et d’augmenter la luminosité. Les nobles suivant toujours la mode du roi, acquirent dès lors eux aussi du mobilier doré dans leurs appartements. Le métier de doreur prit beaucoup d’importance et les techniques se mirent en place à cette époque.

Sous Louis XV, la dorure s’opère entre un jeu de mat et de brunis, ce qui s’équilibre très bien. Sous Louis XVI, les sculptures deviennent très fines et la technique de dorure s’adapte donc : les apprêts de dorure, habituellement faits avec du blanc de Meudon sont désormais faits avec du kaolin et accueillent seulement 3 à 4 couches d’apprêts sur le bois.

Après la Révolution française, la dorure, signe de la monarchie, est mise de côté.

Sous l’Empire, c’est une technique connue depuis plusieurs siècles qui est remise à la mode : la dorure à la mixtion, une huile de lin mélangée à du siccatif. Elle est plus rapide que la dorure à l’eau et moins coûteuse.

Cet art et le métier de doreur sur bois seront finalement mis à l’écart avec l’arrivée de la production industrielle de bois doré et les deux guerres mondiales. A noter que dans les années 50, la dorure sur bois retrouve un peu d’attrait. Avec la loi Malraux de 1962, sur les secteurs sauvegardés, les doreurs retrouvent du travail dans la rénovation des œuvres dorées, mais le métier tend à disparaître.

II°/Techniques

1 – La préparation du support

1 – Il faut commencer par dégraisser le support à l’aide d’eau déminéralisée mélangée à un peu de vinaigre et rincer minutieusement de façon à ne pas altérer les futurs apprêts.

2 – Afin de masquer l’aspect de surface du bois, imiter au mieux l’or massif et permettre aux apprêts une bonne accroche, on applique un enduit, un mélange de colle de peau de lapin et de blanc de Meudon.

3 – La mise en apprêt : On applique une dizaine de couches de blancs (même mélange que l’encollage mais avec plus de blanc de Meudon). Cette opération permet d’enduire le support en bois afin de préparer une assise parfaite à l’application de la feuille d’or. Sa surface est ensuite lissée puis recouverte de deux couches très légères d’assiette (argile kaolinique qui sert à asseoir l’or, appelée également bol, aux emplacements destinés à être brunis). Le kaolin s’écrasera sous la pression de l’agathe  et l’or deviendra lisse et brillant comme la surface d’un miroir.

4 – Il s’agit ensuite de poncer : l’adoucissage. Après séchage, on ponce avec un abrasif à l’eau ou à sec suivant la présence ou non d’anciens apprêts.

5 – Il faut ensuite dégager les empâtements causés par l’application des blancs à l’aide de fer à réparer, il s’agit de l’étape de la reparure. On utilise des sortes de crochets de fer de différentes formes. Ils servent également à créer un décor dans l’apprêt : motifs floraux, fines entailles… Attention cependant pendant cette opération à ne pas endommager les gorges et les sculptures.

6 – On teinte ensuite les blancs avec un mélange d’ocre jaune et de colle de peau de lapin : le jaunissage. Cette couche servira de fond et d’accroche pour l’assiette à dorer.

7 – Pour finir, une terre d’argile extrêmement fine mélangée à la colle de peau, l’assiette à dorer, est appliquée en trois couches à l’aide d’un pinceau doux facilitant ainsi le brunissage de l’or.

2 – Application

Nous l’avons vu, il existe deux techniques principales de dorure sur bois : la dorure à l’eau et la dorure à la mixtion.

La dorure à l’eau ou dorure à la détrempe : La technique la plus ancienne et la plus noble, la seule véritable méthode de dorure utilisée pour tous objets en bois dorés, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

L’application des feuilles d’or étant très délicate, on les pose sur un coussin à dorer, on souffle dessus pour les aplatir avant de les couper : le jonflage. On utilise pour cela un couteau à dorer. On coupe la feuille perpendiculairement, d’abord dans un sens, puis dans l’autre, les morceaux devant être carrés ou rectangulaires. On les happe ensuite par la palette à dorer, préalablement passée sur la joue pour se graisser. Les feuilles d’or sont alors appliquées à l’eau sur l’assiette, avec un pinceau en petit gris dit le mouilleux, dont la colle, au contact de l’eau, se réactive. La feuille d’or très fine épouse les formes, on aide la feuille à se placer correctement à l’aide d’un appuyeux en la tapotant légèrement. Afin de matifier l’aspect de l’or et de le protéger des agressions extérieurs on effectue le matage à l’aide de colle de peau fortement diluée dans de l’eau. Vient ensuite l’étape du brunissage qui va faire apparaitre les brillances par écrasement à la pierre d’agathe.

Dans le cas d’une restauration, on peut effectuer une patine qui permet de donner un aspect de dorure ancienne.

La dorure à la mixtion : Il s’agit d’une technique bon marché qui n’offre pas les mêmes avantages que la dorure à l’eau. Le film d’huile empâtant les volumes, elle ne permet pas d’obtenir de véritables brunis et donc de francs contrastes entre les mats et les brillants. Cette technique de dorure à l’huile n’a pas la finesse de la dorure à la détrempe, mais étant plus résistante elle est le plus couramment utilisée pour les travaux d’extérieurs devant résister aux intempéries.

Pour cette dorure il suffit donc d’appliquer la mixtion (huile de lin siccativée ou vernis à l’huile) et après 3, 12 ou 24 heures suivant le produit utilisé, venir asseoir la feuille d’or, happée par la mixtion sans l’aide d’eau. Il suffira ensuite de lisser les feuilles à l’aide d’un rondin.

III°/ Vivre le Bois doré

  • Sous toutes ses formes au Musée du Louvre, sarcophages, cadres dorés, trône, etc …
  • Et pourquoi ne pas faire un atelier, stage autour du bois doré ?

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