Les peintres des écoles de Marseille et d’Avignon – Un bain de soleil et de couleurs vives.

Les peintres des écoles de Marseille et d’Avignon – Un bain de soleil et de couleurs vives.

Les peintres des écoles provençales ont rendu, sans modération aucune, la vive clarté des grands ciels de leur région. Tour d’horizon de leurs sujets de prédilection en compagnie de l’un de leurs plus fervents défenseurs.

Originaire de Provence, Julien Gimenez a fondé voici quinze ans la galerie Saint-Charles qui a pour particularité d’être nomade, entre Internet et la chapelle Notre-Dame de Pitié, située à Saint-Rémy-de-Provence où il vit. Un lieu que le trentenaire, spécialiste des écoles de peinture provençales, investit chaque année pour y tenir une exposition mettant en valeur les peintres régionaux. « Le fait de ne pas avoir de galerie fixe est un choix dicté par certaines contraintes et qui offre davantage de liberté », reconnaît Julien Gimenez. Lorsqu’il a commencé à faire de sa passion son métier, début 2015, la tendance était ainsi à l’émergence des galeries en appartement, combinée au développement des plateformes marchandes en ligne spécialisées dans l’art : un modèle qu’il a assez naturellement fait sien.

Galerie SAINT-CHARLES, VAN DEN BUSSCHE Fernand (1892-1975) ” Le port de Cassis “, en vente sur Antikeo

La période de prédilection de Julien Gimenez s’étend de la moitié du XIXe siècle au début du XXe siècle. Les peintures des écoles de Marseille, Cannes ou Toulon, partagent certaines spécificités typiquement provençales : « des œuvres très ensoleillées, aux couleurs criardes et pures mettant en valeur la lumière de Provence. » Les sujets sont plutôt académiques jusqu’à la fin du XIXe siècle, précise Julien Gimenez, les artistes « mettant en évidence la nature, les campagnes, proposant une vision des combats sociaux, évoquant la dureté du travail, montrant les mendiants aux portes des églises. » Une évolution survient au tournant du XXe siècle, lorsque les peintres se mettent à travailler sur le motif avec une plus grande liberté. « Si les couleurs pures subsistent, analyse le marchand, les représentations du réel se parent de davantage de nuances, chaque artiste peignant à sa façon et selon son envie : ainsi, un arbre vert ne sera plus complètement vert. » S’il n’existe pas de différences fondamentales entre toutes les écoles du Sud de la France s’agissant des couleurs ou des techniques, les sujets pourront néanmoins varier. « À Toulon, observe Julien Gimenez, les bords de mer seront mis en valeur, tandis que dans le Vaucluse ce seront les rives du Rhône ou Avignon. » Quant à Marseille, c’est « l’école la plus importante, avec en figure de proue un Adolphe Monticelli qui aura profondément marqué Vincent Van Gogh. »

Un marché stable

Le marché des peintres provençaux est stable. Les peintures de l’école avignonnaise passent régulièrement lors des ventes aux enchères en Avignon, celles de l’école marseillaise aussi. Même si l’intérêt manifesté pour certains artistes plus classiques décroît, d’autres voient leur côte monter. C’est le cas du Nîmois Auguste Chabaud (1882-1955), ou des Marseillais René Seyssaud (1857-1962), Louis-Mathieu Verdilhan (1875-1928) et Jean-Baptiste Olive.

Galerie NICOLAS VANNESTE, Jean-Baptiste OLIVE, la Corniche de Mourepiane, en vente sur Antikeo

Comme l’observe aussi Julien Gimenez, certains peintres qu’il expose régulièrement « plaisent avec constance ». Par exemple, l’Avignonnais Gustave Vidal (1895-1966), « qui peint au couteau, avec des bleus lumineux. Ses peintures voyagent bien, l’une d’elles vient d’être vendue à Taïwan. » Autre figure emblématique dont il a beaucoup vendu les « œuvres lumineuses » qu’il apprécie : l’Avignonnais Paul Saïn (1853-1908).

Autrement, le galeriste avoue une petite tendresse pour Louis Bonamici (1878-1966), né à Livourne, et pour Auguste Pegurier (1856-1936), né à Saint-Tropez – où il est revenu après une expérience parisienne malheureuse. « D’ailleurs, précise le galeriste, la plupart des artistes provençaux sont passés par Paris. » Autre artiste qu’affectionne particulièrement Julien Gimenez, et qu’il collectionne mais dont il ne propose pas d’œuvre à la vente : l’Avignonnais Charles Vionnet (1858-1923). « Mon premier tableau, acheté très jeune, se confie le galeriste, était de cet artiste. Il a un art subtil du paysage et de l’animation des personnages. »’

Des interactions limitées avec le client

La clientèle de la galerie Saint-Charles est à la fois française, européenne et internationale. Parmi les Européens, les Nordiques en quête de lumière et de couleurs vives, sont de fidèles acheteurs. S’agissant des clients français, note Julien Gimenez, « ils n’habitent pas forcément la Provence, mais sont pour beaucoup d’entre eux Parisiens et possèdent une maison dans le Sud, qu’ils décorent avec les œuvres des artistes régionaux. La clientèle locale, vivant par exemple à Saint-Rémy-de-Provence, n’est pas importante. » Au niveau des âges, la moyenne oscille entre 45 et 65 ans, les jeunes étant peu nombreux à s’intéresser à la peinture régionale.

« Désormais, constate Julien Gimenez, le marché suit l’évolution des habitudes sur Internet : on n’achète plus une peinture sans avoir effectué ses propres recherches et s’être fait une connaissance du sujet. Et, si une part des acheteurs souhaite venir voir l’œuvre sur place, les ventes se font surtout en ligne, comme sur Antikeo, avec des interactions limitées entre le client et le marchand. » Ainsi, même le soleil de Provence, qu’on pensait immuable, est-il rattrapé par la modernité et sa course folle.

Combien ça coûte ?

« Si des artistes comme le natif d’Ajaccio Pierre Ambrogiani (1907-1945), René Seyssaud, Auguste Chabaud ou Jean-Baptiste Olive, voient leur cote monter constamment, analyse Julien Gimenez, les prix des œuvres de chacun de ces artistes vont dépendre du sujet, de la technique, et de la période. À titre d’exemple, une corniche de Marseille sera moins prisée qu’une vue du Vieux-Port. »

Galerie SAINT-CHARLES, CREMIEUX Edouard (1856-1944) ” Pêcheur sur le quai du Vieux Port à Marseille “, en vente sur Antikeo

Pour des peintures provençales de qualité, les prix varient en moyenne entre 500 et 1500 euros. Pour des œuvres plus ambitieuses ou plus demandées, « comme des vues des ports de Marseille ou de Saint-Tropez, précise Julien Gimenez, les prix peuvent monter jusqu’à 8000 euros en moyenne. »

Les dimensions des peintures entrent aussi dans l’équation. Ainsi, « les grands tableaux sont-ils moins recherchés aujourd’hui, car les intérieurs sont moins spacieux et ne possèdent plus la même hauteur sous plafond. »

Les conseils de Julien Gimenez

I
Le fondateur de la galerie Saint-Charles recommande « d’acheter une peinture avant tout parce qu’elle nous plaît. Sans se soucier d’abord de la signature. C’est un choix personnel. »

II
Ensuite, regarder s’il s’agit d’un artiste mineur ou majeur, s’attacher au sujet et à la période, car en fonction de ces critères ce ne sera pas la même cotation.

III
Enfin, veiller à l’état de l’œuvre : ne pas acheter une peinture restaurée à 60%, mais privilégier un état plus authentique, avec uniquement quelques repeints, mineurs ou d’entretien.

Ouvrage essentiel

Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence, Alpes, Côte d’Azur.
Par André Alauzen. Nouvelle édition par Laurent Noet. Jeanne Laffitte éditions, 2006.

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