Le Placage d’ébénisterie

I Les usages

En ébénisterie,  le  placage sert à désigner à la fois la fine tranche de bois collée sur un massif et la technique consistant à la coller. Au départ, cette technique était en particulier utilisée pour permettre un rendu de bois précieux tout en diminuant les coûts (les bois précieux venant de très loin, souvent par bateau et dans des conditions parfois dangereuses).

L’analogie qu’il y a entre la marqueterie et le placage explique l’ancienneté de ce procédé. Les marqueteurs en effet plaquaient de petites feuilles juxtaposées, tandis que le placage proprement dit enveloppe et couvre la surface.

La technique du bois de placage remonte à plusieurs siècles. La fabrication de meubles était souvent réalisée avec des bois pauvres et faciles à travailler (sapin, peuplier, chêne). Afin de donner un air plus chatoyant au mobilier, les plus belles pièces étaient alors recouvertes, par collage avec de la colle à l’os ou à base de caséine, d’une feuille de bois plus noble (noyer, acajou, bois de rose, etc.) qu’on appelle placage. Tout comme la dorure au mercure nous donne l’impression d’observer un objet en or pur, un placage réussi doit donner l’illusion, lorsque le meuble en est entièrement recouvert, d’un meuble en bois précieux massif.

L’histoire du placage est en grande partie liée à l’histoire des évolutions techniques en matière de sciage. En effet, on peut assez facilement imaginer que plus le débit du bois fut précis et rapide, plus le placage se démocratisa.

II Une histoire de scies

À partir de la deuxième moitié du XVIIe siècle, le bois était débité en feuilles d’à peu près 2,25 mm (1 ligne soit 1/12ème de pouce selon le système de mesure de l’époque) et manuellement, dans un premier temps.

Cependant, contemporains des premières techniques, des croquis de scies mécaniques nous sont parvenus à travers le traité de mécanique d’Andréas Böckler. On peut y apercevoir des machines à deux temps: un mouvement circulaire de roue qui crée un mouvement alternatif capable de scier avec une avance automatique du bois vers la scie.

Dans le recueil des planches de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, du milieu du XVIIIe siècle, on trouve les plans et élévations d’un « moulin à planches » utilisant la force hydraulique. On peut y remarquer un châssis vertical mobile à sept lames, ainsi qu’un chariot assurant l’avance de la bille à scier.

Il faut véritablement attendre le  XIXe siècle pour que le placage soit systématiquement découpé mécaniquement, à l’aide de moteurs à vapeur.  Viendront ensuite leurs équivalents modernes – électriques – permettant un débit d’une épaisseur de seulement 1,2 mm. La mécanisation permettra également de trancher la bille de bois à l’aide d’une trancheuse (sorte de rabot géant) permettant ainsi une épaisseur de 6/10ème de millimètre et aucune perte de matière (contrairement au sciage).

En parallèle, un autre procédé est utilisé depuis la fin du XIXe siècle : le déroulage, qui est obtenu en déroulant littéralement une bille de bois, comme un rouleau de papier, après étuvage. Cette dernière technique permet l’obtention de surfaces bien plus grandes. Cependant, l’étuvage ouvre les pores du bois et lave les couleurs qu’il contient, ce qui fait que le placage a un aspect et une couleur très différente de ce qu’on obtient par le sciage. Il faut donc ensuite remettre des pigments pour retrouver la densité des tons d’origines.

Aujourd’hui encore le placage est toujours largement utilisé puisqu’il est à la base de la confection du contreplaqué.  

III Esthétique

Il est possible de choisir l’aspect de la texture du placage :

  • Classique : le bois est de teinte assez homogène et ne laisse pas apparaître beaucoup de nœuds au sein de sa structure ;
  • Loupe : c’est l’aspect d’un bois torturé par des nœuds, racines ou broussins sur lequel figurent de nombreux dessins constitués par les différentes densités du bois lors de la croissance de l’arbre. On parle alors de placage en loupe d’orme, en loupe de merisier, etc.

L’agencement des feuilles de placage peut donner lieu à de beaux motifs comme ceux en pointe de diamant ou en aile de papillon.

Malgré tout, le placage reste un travail très fragile due à l’épaisseur du bois précieux et très sensible aux changements d’humidité.

Ici, placage de bois de violette et marqueterie de bois de rose, Petit bureau de pente, d’époque Louis XV, en vente sur Antikeo

IV Musées

Afin de découvrir de somptueux ouvrages, mais également découvrir plus en détail les secrets des techniques utilisées, voici une petite liste non exhaustive des principaux musées intéressants dans ce domaine :

Maquettes de machines à scier : Musée des Arts et Métiers

De l’arbre au bois : Musée du bois, de la marqueterie, centre d’art

À travers de somptueux ouvrages d’ébénisterie : Musée Nissim de Camondo


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