Le secrétaire à cylindre de Marie Antoinette par Riesener

Des caprices d’une Reine…

Tableau de Pierre Tetar Van Elven illustrant une fête aux Tuileries le 10 juin 1867, conservé au Musée Carnavalet.

Marie-Antoinette vient à Paris régulièrement pour profiter de l’opéra, généralement accompagnée de ses dames de compagnie et de son beau-frère, le comte d’Artois. En 1784, elle demande à la couronne de lui fournir un appartement pour passer la nuit au Palais des Tuileries et faciliter ainsi ses visites parisiennes. Par conséquent, ce secrétaire à cylindre prend place dans le cabinet intérieur du petit appartement de la reine, entièrement meublé par Jean-Henri Riesener en style Louis XVI (ébéniste présenté plus en détail à la fin de l’article).

La partie supérieure est composée d’un battant en demi-cylindre rigide en marqueterie de losanges. Au centre, nous pouvons apercevoir un médaillon avec un trophée composé de plumes, d’une lyre et d’un encrier. Les trois tiroirs sont décorés de rinceaux de feuilles, de corbeilles de fruits et de bas-relief à putti. Les pieds sont à section carrée, « en gaine ». C’est un trait caractéristique du mobilier Louis XVI, qui prône un retour aux valeurs classiques de l’antiquité. C’est un « meuble de milieu », il est destiné à être vu de tous les côtés, car il est couvert de marqueterie sur toutes les faces. Le secrétaire à cylindre de Marie Antoinette par Riesener est conservé au Musée du Louvre.

…aux folies de Marie Antoinette

Le bureau de la Reine est composé selon la technique de placage et de marqueterie de différentes essences de bois. D’un côté, il y a des bois exotiques comme le sycomore, un bois clair qui prend une teinte grise quand il est coupé. De l’autre, il y a du bois indigène pour le médaillon central, du buis. Les tiroirs sont richement ornés par des bronzes en forme de tournesols et des poignées en rinceaux. Ce sont des détails caractéristiques des meubles Louis XVI de Riesener, tout comme la marqueterie de losanges du demi-cylindre.

Copie du tiroir du bureau à cylindre de Jean Henri Riesener pour Marie Antoinette
Détail d’un tiroir réalisé à la manière Riesener.

Le secrétaire à cylindre de Marie Antoinette par Riesener est une véritable folie, car la technique est couteuse. En effet, seule l’élite peut se permettre de plaquer entièrement un meuble. Le montant de commande royale s’élève à 32 000 livres pour un ensemble de 19 meubles. C‘est une somme astronomique, mais Marie Antoinette ne s’arrête pas là. L’ébéniste reprend ce même modèle pour le cabinet du « boudoir d’argent » pour la Reine à Fontainebleau. Cependant, de la nacre le recouvre entièrement dans ce cas-ci.

Un secrétaire à cylindre qui illustre un goût nouveau

Ce bureau est exceptionnel en tous points. La technique, complexe et couteuse, est au service d’un renouveau du style du mobilier. Las des chantournements du rocaille, l’heure n’est plus à l’accumulation mais à la rigueur antique. En conséquence, les lignes droites remplacent les courbes et le vocabulaire décoratif classique supplante les concrétions naturelles. Le bureau de la Reine est composé de lignes droites, Jean Henri Riesener applique effectivement les nouveaux modèles classiques. Ce nouveau classique, “néo classicisme”, est né de la pratique du “Grand Tour”. Cette expression vient de Richard Lassens, un prêtre catholique romain précepteur de gentlemans anglais. Auteur de Voyage en Italie (1670), il indique dans sa préface que « personne ne peut comprendre les grands artistes s’il n’a pas fait le Grand Tour de France ».

Tableau de Panini, Capriccio d'un forum romain, 1741
Tableau de Panini, Capriccio d’un forum romain, 1741, conservé à l’université de Yale.

Ainsi, depuis le XVIème siècle, et surtout au milieu du XVIIIème siècle, les jeunes gens issus de bonnes familles effectuent un voyage à travers l’Europe. Ils partent à la (re)découverte des merveilles antiques, ou considérées comme classiques. À cet égard, les architectures palladiennes, les sculptures et temples antiques alimentent les carnets de modèles. Ceux-ci, une fois rapportés en France et en Angleterre, nourrissent de nouvelles formes. Non seulement le style rocaille est oublié, mais il est aussi critiqué. En somme, la pratique du « Grand Tour » favorise circulation des Hommes, des modèles et des idées. La quintessence de ce retour à l’antique s’exprime à travers les productions artistiques dites « néoclassiques », dont Jacques Louis David est le maitre absolu en peinture.

En somme, ce meuble est ancré dans un contexte de changement, de renouveau décoratif. La qualité de la production et le raffinement des formes font du secrétaire à cylindre de Marie Antoinette un véritable objet d’exception.

Riesener, l’élève de l’ébéniste favori de Louis XV

Jean-Henri Riesener est d’origine allemande. Né en 1734 et mort en 1806, il a suivi une formation chez Oeben, qui était l’ébéniste mécanicien de Louis XV. Riesener réalise avec lui le célèbre bureau à cylindre du roi à Versailles, chef-d’œuvre de serrurerie et d’orfèvrerie. En effet, avec un mauvais tour de clef, le meuble se retrouve condamné. Cette innovation d’Oeben permet de fermer le bureau en laissant ses documents en cours de lecture. En épousant la veuve de son maître Oeben, Riesener en conserve la clientèle. C’est dans ce cadre qu’il réalise le bureau à cylindre de Marie Antoinette. De plus, il a énormément fourni le garde-meuble royal sous Louis XVI mais est gentiment remercié car ses prix sont trop élevés. Quoi qu’il en soit, la Reine l’apprécie et fait appel à ses services à titre privé jusqu’à la fin de son règne. 


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