Buffet Napoleon 3

Comment reconnaître le style Napoléon 3 ?

Le style Napoléon 3 ou Second Empire est un style qui débute avec l’avènement de Louis Napoléon Bonaparte en tant qu’Empereur (Napoléon III) en 1852 et se termine sous les auspices de la IIIe République aux alentours de 1890. Comme son homologue, le style Empire, le style Second Empire est avant tout un état d’esprit. De fait, il se traduit dans de nombreuses strates de la société de la seconde moitié du XIXe siècle, notamment avec les réalisations immobilières du Baron Hausmann et l’avènement de grands bâtiments publics tels que l’Opéra Garnier ou le Bon Marché.

Le mobilier Napoléon 3 est composite, s’inspirant des styles précédents tels que la Renaissance, le Louis XV ou le Louis XVI. Par ailleurs, il advient en pleine Révolution Industrielle. Cela provoque un véritable changement de mode de production du mobilier. Par ailleurs, le mobilier Napoléon III est bourgeois et, à ce titre, doit être abordable pour les budgets le plus petits. De nouvelles inventions, telles que le papier mâché, permettent alors de produite des meubles à moindre coût. En outre, de nouveaux meubles adviennent sous le Second Empire. Il s’agit, entre autres, de chaises volantes Napoléon 3, de confidents Napoléon 3, de fauteuils crapauds Napoléon 3,…

I. Les matériaux du style Napoléon III

Les bois

Le style Napoléon III recoure à une pluralité de matériaux. Certains apparaissent grâce aux prouesses techniques inhérentes à la Révolution Industrielle, alors en plein essor.

De manière traditionnelle, le Second Empire recoure à des bois sombres tels que le noyer, l’ébène, le palissandre, l’acajou,… Le pitchpin, bois exotique découvert en 1863, orne quelques meubles également. En outre, le poirier noirci à la teinte acide devient un grand classique. La technique se développe sous le Louis-Philippe, mais prend son essor sous le Napoléon III.

Le contre-placage

Le bâti en bois massif tel que le chêne utilisé lors des styles précédents afin de le plaquer dispose d’un grand inconvénient : il est sensible aux variations hygrométriques. Cela a pour conséquence d’abimer les placage et de provoquer des soulèvements. Afin de résoudre ce problème, les ébéniste de la seconde moitié du XIXe siècle recourent au contre-placage.

Le contre-placage résulte d’un panneau constitué de lattes étroites collées les unes aux autres et dont les fibres de bois sont horizontales. Ce panneau s’appelle “l’âme”. Ensuite, deux fins panneau de bois d’une épaisseur de trois à quatre millimètres recouvrent chaque côté de l’âme. Les fibres du bois de ces panneaux sont, quant à elles, verticales. Les bois de placage précieux recouvrent alors ces panneaux. C’est la superposition de ces couches aux fibres du bois perpendiculaires les unes aux autres qui permet une résistance aux variations hygrométriques.

Le bronze doré

Bien qu’ils soient globalement moins présents que sur les mobiliers Louis XV, Louis XVI ou Empire, des éléments de bronze doré ornent tout de même les meubles Napoléon III. Cela est facilité par la découverte de l’électrolyse qui permet d’obtenir des bronzes dorés ornementaux rapidement.

Du point de vue technique, la dorure par électrolyse est le déport d’une fine pellicule d’or  sur une surface métallique d’argent, de cuivre, de laiton ou de maillechort par le biais d’un courant électrique. Il s’agit de la  décomposition chimique de certaines substances par le passage d’un courant électrique dans un bain acide afin de transférer de l’or fixé sur l’anode (pôle positif) vers la pièce à plaquer, elle-même reliée à la cathode (pôle négatif). En argenterie, Charles Christofle recoure à ce processus à partir de 1850 et commence alors la production de métal argenté.

Le papier et le cuir

Enfin, le papier mâché ou le carton bouilli servent également à la réalisation de mobilier, dont des chaises ou des guéridons. Ce procédé se développe en Angleterre au XVIIIe siècle. Il s’agit d’un mélange de papier, de colle et de plâtre pressé à chaud dans un moule.  Une fois sec, le bâti se recouvre de peinture ou de laque. Dans certains cas, du cuir est ajouté au mélange.

II. Ornementation et piétement du style Napoléon III

Le style Napoléon III accorde une grande importance à l’ornementation. Elle est soignée, abondante, recherchée et d’une grande qualité. Style composite par excellence, le Second Empire reprend l’ornementation développée sous les styles précédents.

Une ornementation diversifiée

Le vocable développé durant le style Louis XV est omniprésent : moulures découpées, feuilles d’acanthe, rocailles, coquilles et autres. De même, l’Impératrice Eugénie vouant un véritable culte à la reine Marie-Antoinette, énormément d’ornements Louis XVI recouvrent le mobilier Napoléon 3. Il s’agit, entre autres, de nœuds, de rubans, de feuillages, de filets d’or, de médailles, des cariatides, de paysages bucoliques et naturalistes,.. Cette reprise de l’ornementation du dernier tiers du XVIIIe siècle au sein du mobilier second Empire prend d’ailleurs le nom de style Louis XVI-Impératrice.

Bonheur du Jour Napoléon III. Plaque en porcelaine de Sèvres.
Bonheur du jour Louis XVI-Impératrice, crica seconde moitié du XIXe siècle. En vente sur Antikeo.

Par ailleurs, des salles-à-manger entière de style Henri II ou du mobilier de style néo-Renaissance se développent sous cette période.

Au-delà de ces éléments traditionnels de décors, une appétence certaine pour les motifs imitant le bambou ou le cordage arrivent. Ils décorent les piétements de certains poufs, certains encadrements,…

La marqueterie Boulle

En outre, le Second Empire voue une véritable fascination à la marqueterie Boulle. Cette dernière, réalisée à base de plaque d’étain, d’écaille de tortue, d’ébène, … est également incrustée de nacre ou d’ivoire. Les plaques de marqueterie s’enchâssent généralement dans des panneaux de bois noircis ou sont présentées seules. Elles recouvrent divers types d’objets : horloge, piano, cave à liqueur, table, bureau plat ou en pente,…

Bureau droit Napoléon III, circa seconde moitié du XIXe siècle. Marqueterie Boulle.

Le piétement du Second Empire

Enfin, le piétement du mobilier Napoléon 3 est très varié. Il mélange les pieds cambrés du Louis XV, avec les pieds cannelés du Louis XVI, les pieds Jacob, balustres ou encore en cuisses de grenouille.

III. Les meubles Napoléon III

Le mobilier Napoléon 3 est très diversifié. Il se compose d’un nombre important de sièges, de tables, de meubles d’appoint…. En outre, quelques nouveaux meubles arrivent. Il s’agit, entre autres, des chaises volantes, des confidents, des fauteuils crapauds,…

Les sièges Napoléon 3

Les chaises et sièges Second Empire se réalisent dans des essences de bois foncées. Il s’agit, notamment, du noyer, de l’acajou, du palissandre, du poirier noirci,… Dans certains cas, le bâti du siège est entièrement doré. Il n’est pas rare que des incrustations de nacre ou d’écailles agrémentent le bâti des sièges et chaises. Grande nouveauté, des fauteuils et chaises en osier, en bambou et en rotin apparaissent également.

Les dossiers des chaises Napoléon 3 se composent souvent de barreaux verticaux ou horizontaux. Toutefois, ils peuvent aussi être de forme ovale et capitonnés, circulaires, ornés de palmettes,…Les chaises sont plus massives ou très légères, afin d’être mues facilement. Dans ce cas, il s’agit de chaises dites volantes.

Les fauteuils Napoléon 3 sont en grande partie similaires à ceux des styles Louis XV et Louis XVI. Toutefois, une différence est à identifier au niveau piétement. De fait, alors qu’un fauteuil Louis XVI comporte généralement quatre pieds cannelée et gaines, son homologue Second Empire dispose de deux pieds cannelés à l’avant et de deux pieds gaine courbés à l’arrière.

Fauteuil Napoléon III, style Marie-Antoinette/impératrice
Fauteuil Louis XVI-Impératrice, crica seconde moitié du XIXe siècle. Hêtre peint.

En outre, les fauteuils en papier mâché et en cuir bouilli font leur apparition. Les structure composée de colle, de cuir bouilli, de papier,… sont recouverte de laque noire. Ensuite, des fleurs, des oiseaux et des paysages décorent les dossier et assises. Dans certains cas, des incrustations de nacre, de corne ou d’ivoire soulignent les décors.

Le fauteuil crapaud devient célèbre sous le Second Empire. Le fauteuil crapaud Napoléon 3 se recouvre entièrement de tissus et s’agrémente de passementerie. Le dossier est rond et creux. Les chauffeuses, au dossier rectangulaire sont toujours en vogue et revêtent également des franges et de la passementerie.

Enfin, de nouveaux types de sièges apparaissent. Il s’agit des confidents, des indiscrets, des petits canapés à deux ou trois places, de bornes ou de poufs.

Les meubles d’appuis et buffets Napoléon 3

De nombreux meubles d’appuis, commodes et buffets se développent sous le Second Empire. Ils reprennent, pour la plupart, les traits du mobilier Louis XV et Louis XVI. Toutefois, il existe certaines singularités.

Les buffets disposent généralement de deux vantaux. Les meubles d’appuis, quant à eux, d’un seul vantaux. Dans certains cas, le meuble revêt une forme de demi-lune ou bombée. Par ailleurs, il peut arriver qu’une vitre remplace le  milieu du vantaux, permettant d’exposer des objets précieux. La structure est soit en bois foncé soit en poirier noirci. Des planches de marqueterie Boulle recouvrent généralement les plans du bâti et du/des vantaux. En outre, une laque noire peut simplement recouvrir le bâti de laque noire et de fleurs.

Le plateau du meuble se recouvre généralement d’une plaque de marbre.

Meuble d’appui Napoléon III, crica seconde moitié du XIXe siècle.

Les tables et guéridons Napoléon 3

Les tables et guéridons Napoléon 3 sont en acajou, amarante ou poirier noirci. Ils peuvent être ronds ou ovales, et le bord, à l’occasion, est festonné ou violoné. Des incrustation de nacre, de cornes ou d’ivoire sont fréquentes, tout comme les motifs de fleurs, de fruits ou de chinoiseries peints. L’ajout d’éléments en bronze doré, notamment au niveau du piétement n’est pas rare. Certains guéridons et tables comportent un croisement au niveau du piétement. Il relie les quatre pieds et peut comporter un bulbe en son centre.

Les tables gigognes apparaissent également à cette période. Les guéridons à plateau coulissant restent à la mode. Le plateau est amovible et peut se placer à la verticale, le long du piétement. Par ailleurs, d’autres formes de tables restent vogue. Il s’agit de table de milieu, de table de jeu, de table d’ouvrage,…

Table de jeu Napoléon III, circa seconde moitié du XIXe siècle. En vente sur Antikeo.

Bureaux et secrétaires Napoléon 3

Les secrétaires et bureaux napoléon 3 ne réinventent pas de nouvelles formes. Les bureaux en pente, bureaux plats, secrétaires à abattant, bonheur du jour… déjà existant lors des styles précédents demeurent. Ils se  réalisent généralement en poirier noirci, en amarante, en acajou ou autre bois foncé. Ils disposent d’incrustation en nacre, en écaille, en ivoire et en marqueterie Boulle.

Le bureau plat contient des tiroirs, tout comme son homologue Louis XV. Son piétement s’agrémente de bronzes dorés. Le plateau, quant à lui, se recouvre d’une pièce de cuir bordeaux et or repoussé.

Le secrétaire à abattant dispose d’un bâti similaire à celui de ses prédécesseurs : double ventaux ou tiroirs au niveau du bas et abattant sur le haut. Il se réalise généralement en poirier noirci incrusté de marqueterie Boulle, nacre,… Il en est de même pour les bureau en pente. Le piétement de ce derniers est soit cambré soit gaine. Dans ce cas, il n’est pas rare qu’un croisement relie les différents pieds dans le bas.

Bureau en pente Napoléon III, circa seconde moitié du XIXe sicècle. Poirier noirci, incristation de laiton et bronze doré. En vente sur Antikeo.

Lits Napoléon 3

Les lits Napoléon 3 sont généralement des lits à adosser le long d’un mur. Ils sont réalisés en bois noirci, en amarante, en acajou et comportent des éléments de bronze doré. La tête de lit est plus élevée que le pied de lit.

Dans la mesure où il est produit de manière industrielle, le mobilier Napoléon III foisonne. Aujourd’hui encore, les antiquaires et marchands d’art disposent d’un nombre important de mobilier de cette époque. Toutefois, il y a lieu d’être vigilant à la qualité, cette dernière pouvant extrêmement varier.