Les nécessaires de couture – Des trésors de raffinement

Les nécessaires de couture – Des trésors de raffinement

Les pièces qui composent les nécessaires de couture et les coffrets peuvent présenter une finesse et une diversité telles, qu’on les croirait parfois sortis d’un conte de fées.

Depuis près de vingt ans, Sabine Morel, installée à Thaon-les-Vosges, a fait des nécessaires de couture sa spécialité. Elle a même écrit des livres sur le sujet ! Ce qui n’était au départ qu’une passion et presque un jeu – elle offrait des ciseaux à broder chaque année à sa mère, qui les collectionnait –, est devenu au fil du temps une vocation. Elle l’évoque avec érudition.

Galerie Au bonheur des dames 2010, Paire De Ciseaux à Broder Italienne Dentelle d’Acier Bartolomeo Terzano XIXe, en vente sur Antikeo

« L’Âge d’or de ces objets d’usage courant s’étend pendant tout le XIXe siècle, du Premier Empire jusqu’à la Première guerre mondiale », explique notre spécialiste. « Au début du XXe siècle, les coffrets-types ont fini par se réduire à l’essentiel, à savoir les ciseaux à broder, un étui à aiguilles, un dé à coudre, des bobines, une aiguille passe-lacets et parfois des crochets à broderie, un poinçon de couture (servant à écarter les fils du tissu pour réaliser des points de broderie sans les casser). Auparavant, ils étaient bien plus fantaisistes et personnalisés. Au début du XIXe, les coffrets étaient marquetés et réalisés sur commande par des tabletiers qui y réunissaient les divers objets. Il n’était pas rare d’y retrouver des flacons de parfum, cure-dents, cure-oreilles… » Ces nécessaires étaient notamment vendus dans des Galeries du Palais-Royal, à Paris.

Selon les styles…

Quant aux techniques de ciselage et aux motifs, ils ont évolué au gré des époques, comme le remarque Sabine Morel. « Le style Empire reflétait un goût pour les contrées lointaines, l’Extrême-Orient, l’Antiquité grecque et romaine, l’Égypte. » De cette époque date une variété de ciseaux remarquables, en or et aux branches en forme de « griffons, sirènes, chimères ailées, sphynx, scarabées, cariatides en gaines, pyramides, feuilles de vigne, acanthe »… Sous la Restauration, « subsistent la palmette, la corne d’abondance, et d’autres motifs apparaissent comme le cygne ou la lyre » détaille avec précision l’antiquaire. Plus tard, vers 1900, avec l’Art nouveau, « les motifs inspirés de la nature s’imposeront davantage (serpent ou feuille de chêne, par exemple ». On le voit, même les nécessaires de couture suivait la grammaire des grands styles historiques successifs.

Un grand sens de l’inventivité

Pour les matériaux, on retrouve, des alliages d’or, l’argent massif et le vermeil, puis l’acier. Au cours du XIXe siècle, la technique évolue elle aussi. Si la fabrication des lames des ciseaux s’est mécanisée au début du XXe siècle, pendant longtemps les ciseliers les ont forgées manuellement ; notamment à Nogent, en Haute-Marne, où, à l’instar de Nicolas Pelletier, on réalisait de la dentelle d’acier. Les branches en argent et en or des ciseaux, pouvaient être du ressort des orfèvres.

Les coffrets ont eux-mêmes fait l’objet d’une vaste inventivité avec la vogue des miniaturisations et la recherche de formes insolites : piano, globe terrestre, coquillages… On en a même trouvé creusés dans une grande noix avec, à l’intérieur, tout le nécessaire, dont des ciseaux de deux centimètres !

Un marché international

« Le marché étant assez spécifique », observe Sabine Morel, « il n’a pas réellement connu d’évolution ces dernières années ». Il se compose « surtout des femmes et plus rarement d’hommes pratiquant la couture ou la broderie ou aimant les objets raffinés, ainsi que de quelques collectionneurs de coffrets ». Pour les ciseaux seuls, pièce maîtresse du nécessaire de couture, et souvent plus décorés que les autres objets, « les amateurs sont plus nombreux, surtout pour les modèles en acier ».


Galerie Au bonheur des dames 2010
, Nécessaire de couture ancien en argent Massif Art nouveau les fileuses, en vente sur Antikeo

Grâce à sa galerie en ligne chez Antikeo, Au bonheur des Dames, l’antiquaire a pu constater un attrait pour les nécessaires à couture s’étendant bien au-delà de l’Hexagone, en Italie, aux États-Unis ou au Japon, des pays séduits par le raffinement de ces objets.

Parmi les objets les plus recherchés, la spécialiste évoque « ceux possédant des formes originales ou insolites, les coffrets miniatures au premier rang desquels figurent ceux en forme de pianos à queue ou de clavecins ». Certains étuis à aiguilles en argent en forme de buste de femme de l’Antiquité grecque ou romaine, rares, sont eux aussi très prisés des collectionneurs. Tout un monde qui tient parfois dans le creux de la main !

Combien ça coûte ?

Le prix dépend de l’originalité des coffrets, de la rareté des motifs, ou encore l’état de conservation des pièces. Un petit nécessaire en argent s’acquiert entre 200 et 300 euros, mais un beau en or vaut entre 1500 et 2000 euros. Pour les ciseaux seuls, la fourchette est elle aussi très large : entre 10 euros pour une paire ordinaire en acier et 500, voire 800 euros pour celles en métal précieux.


3 conseils pour acheter un nécessaire de couture

I
Il est essentiel de bien regarder l’état de conservation. Par exemple, s’assurer que les ciseaux s’ouvrent correctement.

II
Vérifiez qu’il n’y a pas eu de soudure indiquant une réparation, ni de défaut, surtout pour les ciseaux en or ou en argent. Bien observer les objets sous toutes leurs “coutures”. Sur Internet, ne pas hésiter à demander des photos complémentaires.

III
S’assurer de la présence de poinçons : vérifier que l’argent et l’or sont bien poinçonnés. Attention aussi à ne pas confondre l’or massif avec le vermeil. Il existe d’ailleurs des poinçons spécifiques selon les matériaux et les époques. Par exemple, pour l’or : le poinçon « tête de coq » entre 1798 et 1819, le poinçon « tête de bélier » (période 1819-1838), le poinçon « tête d’aigle » à partir de 1838.


Lire

Sabine Cayla Morel, Les ciseaux à broder. Éd. Crepin Leblond, 2016, Sur commande.

Sabine Cayla Morel, Les Nécessaires de couture, Deux taumes :
– Première moitié du XIXe siècle
– Fin du XIXe et début du XXe siècle.
À compte d’auteur, 2021 et 2022 (commandable sur Bookelis).

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