Les Netsuke – le monde japonais en miniature

Les netsuke, ces petites attaches de kimono font rayonner de bonheur des collectionneurs partout dans le monde, bien au-delà du pays du Soleil Levant.

Traditionnellement, les netsuke sont des objets de petite taille (entre trois et huit centimètres) servant à maintenir les sagemono (« les objets suspendus ») à l’obi (la ceinture) du kimono grâce à deux minuscules trous communicants permettant de faire passer une cordelette. Si l’époque de sa naissance est incertaine, cette pratique a toujours obéi à des besoins bien précis. Comme l’explique Mélanie Baltazar-Lécuyot, spécialiste de ces objets, « le netsuke était, sous sa forme première forme une simple racine récupérée au sol et sculptée de manière rudimentaire » Le terme vient de : ne (« racine ») et tsuke (« attacher »).  Parmi les affaires ainsi transportées, on trouvait des bourses, des écritoires ou les inrō, ces petites boîtes à compartiments.

Galerie REFLETS DES ARTS– Netsuke, par Hokyudo Itsumin. Deux Singes, Japon Edo XIXe – en vente sur Antikeo

Désormais, les netsuke ne sont plus aussi liés qu’auparavant aux inrō, si l’on ose dire… « Ils sont passés du statut d’objet usuel à celui d’objet d’art, et sont ainsi collectionnés indépendamment des sagemono », précise Mélanie Baltazar-Lécuyot. Installée dans le Carré Rive Gauche, à Paris, où elle a ouvert en 2013 sa galerie Reflets des Arts, l’antiquaire a commencé par s’intéresser au Japon. Parmi la multitude d’objets de la vie courante créés avec cette résine naturelle, elle s’est peu à peu spécialisée dans les netsuke. Un « véritable univers en lui-même, représentant le monde japonais en miniature », s’émerveille-t-elle. Clin d’œil malicieux du destin, ces objets servant autrefois d’attaches sont devenus des pièces très prisées donnant naissance à des collections à part entière.

Une grande variété

L’existence des netsuke est attestée à partir du XVIIe siècle, « comme il est possible de le voir sur certaines estampes d’Harunobu, et les netsuke sont datables dès le XVIIIe siècle », précise Mélanie Balthazar-Lécuyot. Les traits stylistiques de la sculpture ainsi que la dimension des trous constituent alors de précieux repères. Au Japon, le statut d’artiste n’émergea qu’à la fin XVIIIe siècle et au début du XIXe, avec « de vraies dynasties familiales réparties entre écoles régionales de prestige plus ou moins important, dont les principales sont celles de Kyoto, d’Osaka et de Tokyo », souligne la spécialiste. À présent, devenus de vrais objets d’art, les netsuke sont encore réalisés par des Japonais mais aussi des Européens et des Américains.

Les netsuke sont de types et de formes très variés (voir encadré). Les plus classiques sont sculptés en ronde-bosse, dans divers matériaux dont les plus courants sont l’ivoire, le bois et la corne de cerf. Quant aux sujets, Mélanie Baltazar-Lécuyot précise qu’ils « représentent souvent des animaux, de la mythologie, des contes, des légendes et divinités du Japon, des motifs floraux et végétaux (assez nombreux), ou encore les paysages ou les masques. » Cette dernière typologie est très prisée de certains collectionneurs férus de théâtre nô ou kabuki.

Une raréfaction des belles pièces

Globalement, le marché des netsuke est stable, malgré une nette raréfaction des pièces depuis 2019. « Le Royaume-Uni était en effet une place forte », observe Mélanie Baltazar-Lécuyot, mais il a perdu son monopole. « L’Asian Week de Londres n’est désormais plus aussi importante pour l’art japonais. » Par ailleurs, l’interdiction de sortie de l’ivoire du territoire de l’Union Européenne a elle aussi « drastiquement changé le marché », regrette l’antiquaire. Les très beaux netsuke, les plus prisés, étaient en ivoire « qui permet, davantage que le bois, de magnifier certains détails ». La prévalence de l’ivoire s’explique par le prestige et les qualités de ce matériau, mais également par « la complexité de son travail, même si la partie brune de la corne de cerf est elle aussi réputée difficile à sculpter », précise Mélanie Baltazar-Lécuyot. Ainsi, constate-t-elle, il circule désormais « beaucoup, beaucoup, beaucoup moins de beaux objets qu’il y a dix ans. »

Les objets les plus prisés sortent ou sont sortis des collections anciennes et prestigieuses, constituées entre 1860 et 1915, en pleine vogue du japonisme et au gré des échanges politiques ou économiques avec le Japon. En France, c’est le cas des collections des Goncourt, de Clémence d’Ennery ou encore de Louis Gonse. D’autres pays ont vu de riches collections se constituer, tels les États-Unis, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, ou l’Allemagne. « Les acheteurs russes qui étaient présents il y a une quinzaine d’années, avec des transactions aux montants faramineux, ont aujourd’hui disparu en raison de la guerre », relève notre interlocutrice. « De leur côté, les Américains, dont les acquisitions se font essentiellement en ligne, sont coupés de plus de la moitié des objets, ceux en ivoire, en raison de leur interdiction de sortie de l’Union Européenne et de leur entrée chez eux ». D’ailleurs, plus généralement « les transactions se font désormais bien davantage en ligne, par exemple sur des plateformes comme Antikeo, les acquéreurs se déplaçant moins dans les galeries. » En raison de ces recompositions, le marché est désormais plus instable, avec des objets de qualité plus variable.

Une association de collectionneurs

L’International Netsuke Society

C’est la plus importante association sur les plans scientifique et marchand. Sa prochaine convention se tiendra à Bruxelles du 1er au 4 octobre 2026.

www.netsuke.org/

Combien ça coûte ?

La taille influence le prix. L’acquisition d’un beau netsuke authentique, plutôt en bois qu’en ivoire même si le prix de ce dernier a baissé, est possible à partir de 600 euros, bien que l’on puisse en trouver de moins chers. Pour des pièces en ivoire en bon état et aux sujets prisés, comme des personnages, il vous faudra dépasser les 2 000 euros.

Galerie REFLETS DES ARTS – Netsuke, Masque De Kyogen Représentant Un Renard, Japon Edo – en vente sur Antikeo

Les pièces de qualité en ivoire, en bois ou en corne de cerf (pour ces dernières, celles de Kokusaï par exemple coûtent très cher) s’échangent entre 2.000 et 10.000 euros.

3 conseils pour acquérir des netsuke

I
Il est essentiel de se documenter, de consulter des livres.

II
Essayez de prendre en main les pièces pour voir si elles agrippent aux doigts, si elles possèdent des aspérités, si les arêtes ne sont pas trop vives (les netsuke sont aussi lisses que possible).

III
Restez vigilants, car beaucoup de copies circulent. Privilégiez les antiquaires professionnels. Demandez des avis d’experts et des photos complémentaires. Les signatures n’apparaissent qu’au XVIIIe siècle et de nombreux netsuke n’ont jamais été signés.

Lire

Netsuke & Sagemono, Par Alain Ducros, À compte d’auteur, 1987

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