Les vaporisateurs à parfums anciens – objets de feu pour une touche de légèreté

Les vaporisateurs à parfums anciens – objets de feu pour une touche de légèreté

Après être tombés en désuétude dans les années 1970, les vaporisateurs à parfums réutilisables d’autrefois se refont une beauté, en toute discrétion pour le moment, en attendant des lendemains capiteux ? Rencontre avec une restauratrice qui en vend aussi

Depuis trente ans, l’Atelier Guillot est lové dans une cour pavée et classée du 3e arrondissement de Paris, au cœur du Marais, quartier historique pour l’orfèvrerie et l’ébénisterie. En prêtant l’oreille, on peut y entendre s’élever le martèlement régulier du métal. Les fondateurs, Isabelle et Christophe, sont mariés et se sont transmis leur savoir l’un à l’autre. Si lui est orfèvre, elle est devenue artisan d’art en se prenant d’affection pour les vaporisateurs à parfums anciens qu’un collectionneur lui avait fait découvrir.

Galerie Atelier Guillot, Vaporisateur à parfum R. LALIQUE, en vente sur Antikeo

Quand on les leur confie à restaurer, Isabelle et Christophe Guillot se font un devoir de remettre chaque vaporisateur en état de fonctionnement. Christophe fait des soudures son affaire : travail sur la monture, dorures, polissage. Isabelle s’occupe du démontage, du nettoyage, du remontage, des soupapes, ou encore de l’habillage de la poire dont elle tricote les filets de la couleur souhaitée. Pour les ébréchures du verre, ils font appel à un cristallier.

Les vaporisateurs à parfums sont évidemment des objets fragiles, précieux et hybrides, qui requièrent le plus grand soin. Ils sont composés d’un flacon de verre ou de cristal et d’une monture (système de vaporisation) en métal (étain ou laiton), ainsi que d’une poire en caoutchouc. Cette dernière doit souvent être remplacée afin de permettre une utilisation optimale du vaporisateur, à moins qu’un collectionneur préfère conserver celle d’origine.

Si les vaporisateurs à parfum avec poire ont été créés en 1870, ils étaient alors utilisés par les barbiers et coiffeurs pour hommes afin de brumiser de l’eau de toilette en guise d’après-rasage. « C’est un peu plus tard que cet objet s’est féminisé », explique Isabelle Guillot. « En 1882, quand les parfumeurs ont commencé à collaborer avec des maîtres verriers, il n’était pas encore question de vaporisation, mais d’un simple flacon avec bouchon pour contenir les parfums ».

1900 : le vaporisateur explose

C’est Léopold Franck, qui, le premier, mit au point le système de vaporisation. Marcel Franck, son fils, « souhaitait perfectionner la technique de vaporisation », avance la restauratrice. Il va alors développer les partenariats avec des cristalliers (Baccarat, Saint-Louis…), des maîtres verriers (Émile Gallé, Gabriel Argy-Rousseau, Jean Daum, René Lalique, Julien Viard…) et des parfumeurs. Il est à noter que les cristalliers ont souvent décliné leurs modèles de verres et de carafes pour créer les flacons des vaporisateurs. Ceux-ci sont dès lors venus s’ajouter aux parures des nécessaires de toilette, rejoignant les boîtes à poudre ou à épingles et autres objets d’usage courant. « Ces parures pouvaient alors comporter jusqu’à vingt pièces ! », tient à relever notre interlocutrice.

À chaque époque son style

Peu à peu, l’objet a évolué en même temps que se perfectionnaient les techniques, y compris pour la conception du verre puis des cristaux. En fonction des modes et des vogues, aussi. « Les montures dites ‘’col de cygne’’, les plus anciennes qu’on puisse trouver, étaient réalisées dans un alliage d’étain doré », précise la spécialiste. « Les vaporisateurs réalisés par les cristalliers, tels Gallé, Daum, Baccarat, Saint-Louis, sont quasiment tous produits avec ces montures. Par la suite, dans les années 1920, elles étaient plus souvent faites en laiton doré ou chromé. »

Ainsi, à chaque époque, ses typicités. « Le vaporisateur Art déco, carré et épuré, n’a rien à voir avec celui Art nouveau, plus rond, décoré, émaillé, avec un verre dégagé à l’acide autour de 1900 », remarque Isabelle Guillot. De même pour les montures, celles Art déco se différenciant de celles Art nouveau par leur sobriété et l’abandon des formes en ‘’col de cygne’’ ou ‘’pistolet’’. « De ce fait, le principe de la vaporisation a lui-même évolué. On passe d’un système de vaporisation nuageuse et en continu pour la période Art nouveau, à un système de vaporisation par touches ; une pression, un pschitt ! »

Qu’en est-il des signatures sur les flacons ? « Elles sont apparues tardivement, si bien que les vaporisateurs les plus anciens n’en portent pas », précise Isabelle Guillot. Dans les années 1910, les vaporisateurs Gallé, Lalique, Viard, font déjà apparaître des signatures. Celles-ci figurent également sur les flacons en porcelaine de Limoges, comme sur ceux en cristal de Bohème. À partir de 1936, Baccarat a fait apparaître la sienne à l’acide.

Une niche dans les collections

Galerie Atelier Guillot, Vaporisateur Art Nouveau, en vente sur Antikeo

Le marché des vaporisateurs à parfums de collection demeure une niche. La démocratisation du parfum et la production de flacons avec vaporisateur intégré et sellés a accéléré une tendance à l’oubli. Isabelle Guillot met un point d’honneur à réveiller ces objets endormis. Rares sont les artisans dévoués comme elle et son mari à leur restauration. « Le plus difficile », nous confie-t-elle, « c’est d’obtenir davantage de visibilité pour notre métier. » Une partie de son activité un tantinet confidentielle se fait via des partenariats, notamment avec un parfumeur et des collectionneurs. Elle vend aussi des pièces, comme le fait un antiquaire, à des clients collectionneurs ou recherchant un objet insolite.

Heureusement, constate Isabelle Guillot, « d’année en année, le nombre des clients augmente. Nous profitons de l’engouement pour la remise au goût du jour d’objets anciens, qui est dans l’air du temps. » Les clients se présentent ou se manifestent aussi de l’étranger. Les plateformes comme Antikeo jouent par ailleurs un rôle de diffusion précieux, permettant aux curieux de faire leurs repérages.

Les prix et les grands noms

Une belle pièce, même signée : comptez entre 200 et 400 euros.

Pour les vaporisateurs exceptionnels : prévoyez jusqu’à 1.800 euros.

Ceux réalisés par Émile Gallé sont particulièrement cotés. C’est la verrerie qui établit le prix, mais aussi l’originalité du dessin et des couleurs qui se démarquent du classique marron. Les vaporisateurs dus à Jean Daum, en verre multicouche soufflé à décor dégagé à l’acide, sont assez rares et très difficiles à trouver, donc très prisés. Il en est de même pour c ceux de Richard Burgsthal (signés Richard) et ceux des frères Muller. Quant aux vaporisateurs de René Lalique en verre moulé, créés avant ceux en cristal avec Marc Lalique, leur cote est, elle aussi, élevée.

Quatre conseils pour acquérir un vaporisateur à parfum ancien

I
Discuter avec un professionnel comme Isabelle Guillot.

II
S’assurer de l’état de conservation du verre.

III
Vérifier que la monture est bien présente.

IV
Faire attention à la présence d’une signature et à la qualité de la pièce.

Bon à savoir

On retrouve avec ce petit objet toutes les techniques de verre et de cristal connues : le verre multicouche, le verre moulé, le cristal taillé, le cristal à décor émaillé, le cristal à décor peint, le cristal à décor gravé, la porcelaine, l’opaline…

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